8 novembre 2015

Jn 1,1-18 : Traduction et notes







TRADUCTION

Jn 1,1-18 : Le Prologue
L’origine et la mission du Logos-Jésus-Christ

1,1 Au commencement était le Logos, [1] et le Logos était auprès de Dieu, [2] et le Logos était Dieu. [3] 2 Celui-ci était au commencement auprès de Dieu. 3 Tout fut par lui, [4] et sans lui rien ne fut. Ce qui fut 4 en lui était vie, [5] et la vie était la lumière des hommes, [6] 5 et la lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas saisie. [7]

6 Il y eut un homme, envoyé de Dieu, son nom était Jean. [8] 7 Celui-ci vint pour le témoignage afin qu’il témoigne de la lumière, afin que tous croient par lui. 8 Celui-là n’était pas la lumière, mais afin qu’il témoigne de la lumière. [9]

9 Il était la lumière véritable qui illumine tout homme, venant dans le monde. [10] 10 Il était dans le monde, et le monde fut par lui, [11] et le monde ne l’a pas connu. [12] 11 Il est venu dans son propre bien, et les siens ne l’ont pas accueilli. [13] 12 Mais à ceux qui l’ont reçu, il leur a donné pouvoir de devenir enfants de Dieu, à ceux qui croient en son nom, [14] 13 eux qui, non par les sangs ni par un vouloir de la chair, ni par un vouloir d’homme [15], mais de Dieu furent engendrés.

14  Et le Logos est devenu chair [16] et il a habité [17] parmi nous, et nous avons vu sa gloire, [18] gloire comme d’un Fils-unique [19] auprès du Père, plein de grâce et de vérité. [20]

15  Jean témoigne à son sujet et il a crié, disant : « C’était celui dont j’ai dit : Celui qui vient après moi, devant moi est devenu, parce qu’avant moi il était. [21] »

16 Car de sa plénitude [22] nous tous nous avons reçu, et grâce sur grâce. [23] 17 Car la Loi a été donnée par Moïse ; la grâce et la vérité sont advenues par Jésus Christ. [24] 18 Dieu, personne ne l’a jamais vu [25] ; Fils-unique Dieu [26] qui est dans le sein du Père, celui-là a raconté. [27]


NOTES

[1] 1,1a : « Au commencement était le Logos (En arkhè èn ho logos). » Cette première phrase de l’évangile de Jean renvoie au premier verset du livre de la Genèse : « Au commencement (LXX : En arkhè), Dieu créa le ciel et la terre » (Gn 1,1, BiJer). Dieu a créé le monde par sa parole (logos) : Dieu dit et cela fut (cf. Gn 1,1-31). Cependant le commencement du Logos en Jn 1,1 est le commencement absolu avant même la fondation du monde (cf. 17,5.24). Le narrateur affirme donc la préexistence de Jésus, son origine auprès de Dieu, et son identité : Logos est Dieu (1,1c). Le verbe « être (eimi) » à l’imparfait « était (èn) » en 1,1 indique l’existence suréminente et éternelle du Logos. Jésus lui-même affirme sa préexistence à la fin de sa mission en 17,5.24. Après la résurrection de Jésus, Thomas confesse que Jésus est Dieu (20,28). Ainsi l’ensemble de l’évangile révèle l’origine et l’identité de Jésus.

L’emploi du terme « logos » personnalisé pour désigner Jésus n’apparaît que 4 fois dans l’évangile (1,1a.1b.1c.14). Le terme grec « logos » traduit souvent de l’hébreu « dāār » signifie « parole ». Cependant en français « parole » est au féminin ce qui ne convient pas pour être identifié à Jésus, le logos est donc traduit souvent par « le Verbe » (BiJer, TOB…). Nous préférons de le translittérer et lui mettre une majuscule à l'initiale : « le Logos » pour garder le sens spécial de ce terme (Jésus est la parole divine personnalisée). Les autres emplois du terme « logos » sont traduits par « parole », par exemple Jésus dit en 5,24b : « Celui qui écoute ma parole (ton logon) et croit à celui qui m’a envoyé a la vie éternelle. » Le fait que le Logos-Jésus vienne dans le monde pour donner la vie à tous ceux qui croient en lui, puis retourne à Dieu après avoir accompli sa mission, renvoie à l’activité de la parole de Dieu en Is 55,10-11. Le Logos du Prologue s’enracine donc dans la Bible. Dans la philosophie grecque, le Logos désigne l’intelligence divine organisatrice du monde.

[2] 1,1b : « auprès de Dieu (pros ton theon) ». La préposition « pros + accusatif » exprime la proximité et la communion personnelle. Les autres traductions sont : « tourné vers Dieu » (TOB) ; « face à Dieu » (Delebecque) ; « vers Dieu » (Jeanne d’Arc).

[3] 1,1c : « le Logos était Dieu (theos èn ho logos) ». Le terme « theos (Dieu) » ici n’a pas d’article. Cela signifie que « ho logos (le Logos) », avec l’article, est le sujet du verbe « èn (était) » et « theos (Dieu) » est le prédicat.

[4] 1,3a : « Tout fut (egeneto) par lui ». Le verbe « ginomai » a le sens « naître », « venir à l’existence ». Nous le traduisons par le passé simple du verbe « être » : « fut » qui renvoie à la création du monde en Gn 1.

[5] 1,3c-4a : « (3c) Ce qui fut (ho genonen) (4a) en lui était vie (en autôi zôè èn) ». Certains auteurs attachent « ho genonen » (1,3c) à ce qui précède. Dans ce cas, « ho genonen » est considéré comme une apposition à « ouden » (rien), d’où la traduction de 1,3 : « Tout fut par lui, et rien de ce qui fut, ne fut sans lui » (TOB) ; « Par lui tout a paru, et sans lui rien n’a paru de ce qui est paru » (Osty), et 1,4a c’est une phrase indépendante : « En lui était la vie » (TOB ; Osty) dans laquelle le terme « vie » est le sujet du verbe. Cependant le terme « vie (zôè) » ici n’a pas d’article, il ne peut pas être le sujet du verbe « était (èn) ». Le sujet de la phrase est donc « ho genonen (ce qui fut) » en 1,3c. Le substantif « vie (zôè) » sans article est donc un attribut placé avant le verbe. Notons que le terme « vie » ici peut avoir le sens déterminé « la vie » comme dans le cas de 1,49. Ainsi la BiJer traduit 1,3c-4a : « Ce qui fut en lui était la vie. »

[6] 1,4b : « la vie était la lumière des hommes ». Cette phrase annonce deux thèmes importants de l’évangile : Le Logos est (1) la source de la vie en plénitude et (2) la lumière qui indique le véritable chemin aux hommes (8,12b).

[7] 1,5 : « et la lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas saisie. »
Ce verset révèle à la fois le conflit et la controverse entre Jésus et ses adversaires dans l'évangile, c'est à dire le procès entre la lumière et les ténèbres, et il annonce aussi le triomphe de la lumière puisque « les ténèbres ne l’ont pas saisie » (1,5b). Le verbe « saisir (katalambanô) » a le sens de « comprendre », « arrêter », « s’emparer ».

[8] 1,6c : « son nom était Jean ». La mission de Jean (Baptiste) est racontée dans le Prologue en 1,6-8 et 1,15. Son rôle de rendre témoignage sera détaillé en 1,19-37. Cf. la note de 1,19a et l’article : « “Le témoignage” et “témoigner” de Jean Baptiste dans l’Évangile de Jean » du 24 juin 2014.

[9] 1,8 : « Celui-là n’était pas la lumière, mais afin qu’il témoigne de la lumière ». Jean n’est pas la lumière, mais Jésus le compare à la lumière d’une lampe (5,35), Jean participe donc à la lumière du soleil qui est Jésus lui-même (8,12). Le témoignage de Jean est mis en relief dans le Prologue par l’usage du verbe « témoigner (martureô) », 3 fois en 1,7.8.15 et du substantif « témoignage (marturia) », 1 fois en 1,7.

[10] 1,9 : « Il était la lumière (to phôs) véritable qui illumine tout homme (panta anthrôpon), venant (erchomenon) dans le monde ». Le pronom personnel « il » au début de la phrase  désigne le Logos en 1,1. Le verbe erchomai (venir) en 1,9c est un participe « erchomenon » (venant). La forme de ce participe peut être un nominatif neutre ou un accusatif masculin. Si « erchomenon » est le nominatif neutre, ce participe relie à « to phôs (la lumière) », un nominatif neutre, au début de la phrase, d’où vient la virgule après « tout homme ». Si « erchomenon » est l’accusatif masculin, ce participe relie à « panta anthrôpon (tout homme ) », un accusatif masculin, dans ce cas, le sens sera « ... tout homme venant dans le monde. » Nous pensons que le participe « erchomenon » (venant) relié à « la lumière » correspond mieux au contexte. C’est le Logos-Lumière qui venait dans le monde (cf. 3,19; 12,46) parce qu’il est envoyé de Dieu.

[11] 1,10b : « le monde fut par lui [Logos] (ho kosmos di’ autou egeneto) ». Cette idée est en parallèle avec 1,3a : « Tout fut par lui (panta di’ autou egeneto) ».

[12] 1,10c : « le monde ne l’a pas connu ». Le terme « monde (kosmos) » personnalisé désigne ici le monde du refus de croire en Jésus. Dans l’évangile, le terme kosmos a plusieurs sens : (1) le monde-univers, (2) le monde-planète, (3) le monde-humanité, (4) le monde des non croyants, (5) le monde hostile, cf. article : « Le monde (kosmos) dans l’évangile de Jean » du 16 février 2014. Les thèmes « connaître (ginoskô) » ou « ne pas connaître », « savoir (oida) » ou « ne pas savoir » sont importants dans l’évangile : 57 fois ginoskô et 84 fois oida.

[13] 1,11b : « les siens ne l’ont pas accueilli ». Cette phrase annonce le refus, le conflit et l’hostilité des autorités juives envers Jésus tout au long de l’évangile.

[14] 1,12c : « croient en son nom (eis to onoma autou) ». Le « nom (onoma) » exprime ici la nature et la qualité d’une personne. « Croire en son nom » veut dire croire au Logos devenu chair (1,14a), croire en Jésus Christ (1,17b), le Fils-unique (1,14d.18b). Le « nom » attribué à Jésus et à son Père est un usage johannique : Le narrateur parle de « croire en son nom [Jésus] » (1,12c ; 2,23b), « avoir la vie en son nom » (20,31). Jésus parle de « croire au nom du Fils unique de Dieu », de « prier en son nom » (14,13-14 ; 15,16 ; 16,24a.26a). Il dit à son Père : « Père, glorifie ton nom » (12,28) ; « J’ai manifesté ton nom aux hommes » (17,6a) ; « Père saint, garde-les [les disciples] en ton nom » (17,11), etc.

[15] 1,13a : « un vouloir d’homme (thelèmatos andros) ». Le terme grec « anèr » (homme) a aussi le sens de « mari » (cf. 4,16.17a.17b.18a.18b), « un vouloir d’homme » ici désigne une volonté virile.

[16] 1,14a : « Et le Logos est devenu chair (Kai ho logos sarx egeneto) ». Le terme « Logos » qui réapparaît ici après 1,1 marque le deuxième développement du Prologue. La « chair (sarx) » désigne ici la condition humaine avec la faiblesse et la condition mortelle.

[17] 1,14b: « il a habité (eskènôsen) parmi nous ». Littéralement : « il a établi sa tente… ». Le verbe « skènoô », même racine du substantif « skènè (tente) », renvoie à la Tente de la Demeure de Dieu dans le désert (Ex 26,1). Les autres traductions : « il a campé parmi nous » (BiJer), « il demeura parmi nous » (Léon-Dufour*), « [il] dressa chez nous sa tente » (Delebecque), « il a planté sa tente parmi nous » (Jeanne d’Arc), « il dressa-la-tente en nous » (Simoens*, I). Par l’expression « parmi nous », le narrateur identifie à « nous » (cf. 1,14a), les témoins oculaires et auriculaires du Logos devenu chair. Ainsi le narrateur s’adresse directement au lecteur en tant que le « vous » implicite.

[18] 1,14c : « nous avons vu sa gloire ». Dans l’AT, « la gloire » décrit la manifestation de Dieu aux hommes. Dans le désert, les Israélites ont vu « la gloire de Yahvé apparut dans la nuée » (Ex 16,10). Dans l’évangile de Jean, Jésus manifeste sa gloire à travers les signes (cf. 2,11) et les paroles révélatrices, en particulier selon la théologie johannique, l’heure de sa mort sur la croix est l’heure de sa glorification (13,31-32 ; 17,5). Dans cette vision, l’ensemble de la mission de Jésus incluant sa mort et sa résurrection est la manifestation de sa gloire.

[19] 1,14d : « Fils-unique (monogennous) ». Le titre « monogenès » (Fils-unique, Unique-Engendré) désignant Jésus apparaît en 4 occurrences dans l’évangile (1,14.18 ; 3,16.18). Ce titre souligne le caractère unique et singulier de la filiation divine de Jésus.

[20] 1,14e : « plein de grâce et de vérité (plèrès charistos kai alètheias) ». Le couple de termes « la grâce et la vérité », encore en 1,17, renvoie à ce que Dieu a révélé à  Moïse  au Sinaï : « Dieu de tendresse et de pitié, lent à la colère, riche en grâce et en fidélité (T.M. : wǝraḇ-ḥeseḏ weĕmeṯ, LXX : kai polueleos kai alèthinos) » (Ex 34,6, BiJer). Le terme « grâce (charis) » n’apparaît que dans le Prologue en 4 occurrences : 2 fois dans l’expression « la grâce et la vérité » (1,14e.17), et 2 fois en 1,16b : « grâce sur grâce ».

[21] 1,15c : « devant moi est devenu (gegonen), parce qu’avant moi il était (èn) ». Les deux verbes « ginomai » (devenir, naître, venir à l’existence) et « eimi » (être) expriment ici l’origine divine de Jésus.

[22] 1,16a : « plénitude (plèrôma) ». Ce terme ne figure qu’une seule fois dans l’évangile.

[23] 1,16b : « grâce sur grâce (charin anti charitos) ». Cette expression exprime soit une succession de grâces, soit une grâce correspondant à la grâce du « Fils unique » qui est « plein de grâce et de vérité » (1,14). Les autres traductions : « grâce pour grâce » (BiJer, Léon-Dufour*, Delebecque), « grâce contre grâce » (Simoens*, I).

[24] 1,17b : « la grâce et la vérité sont advenues par Jésus Christ ». Ce que Jésus apporte aux hommes est « la grâce et la vérité » (cf. la note 1,14e). Le lecteur le découvrira dans la lecture de l’évangile. Le titre « Jésus Christ » apparaît en 2 occurrences dans l’évangile, 1 fois par le narrateur (1,17), 1 fois prononcé par Jésus lui-même (17,3). Une troisième fois dans la conclusion en 20,31b : « Jésus est le Christ ».

[25] 1,18a: « Dieu, personne ne l’a jamais vu ». Jésus réaffirme en 6,46 : « Non que personne ait vu le Père, sinon celui qui vient d’auprès de Dieu: celui-là a vu le Père ». En 14,9b Jésus dit aux disciples : « Qui m’a vu a vu le Père. »

[26] 1,18b : « Fils-unique Dieu (monogenès theos) ». Il y a trois variantes : (1) monogenès theos (Fils-unique Dieu) attestée dans mss P66 א* B C* L ; (2) ho monogenès theos (le Fils-unique Dieu) attestée dans mss P75 א1 33, suivie par Léon-Dufour* : « le Fils unique, Dieu » ; (3) ho monogenès huios (le Fils-unique Fils) attestée dans mss A C3 K Γ Δ Θ Ψ f1.13, suivie par BiJer : « le Fils Unique-Engendré ». Nous optons pour la variante numéro (1) attestée dans le ms P66. Le titre « Dieu (theos) » sans article dans « Fils-unique Dieu » renvoie à 1,1c : « le Logos était Dieu (theos èn ho logos) ». Les autres traductions sont : « Un Dieu, Fils unique » (Delebecque), « unique-engendré, Dieu » (Simoens*, I).

[27] 1,18c : « celui-là a raconté (ekeinos exègèsato) ». Le verbe grec exègeomai, possédant la même racine que le terme « exégèse » peut être traduit par « raconter », « expliquer », « présenter », « interpréter ». Nous le traduisons par « raconter » pour renvoyer au récit raconté dans l’évangile. Dans cette perspective, Jésus devient le révélateur par excellence à travers ses paroles et ses actions. Les autres traductions sont : « lui (celui-là), l’a fait connaître » (Osty, BiJer, Zumstein*), « Lui, il expliqua » (Delebecque), « lui, s’en est fait l’interprète » (Jeanne d’Arc), « celui-là (y) entraîna » (Simoens*, I).


Email: josleminhthong@gmail.com
Le 9 novembre 2015.


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