30 novembre 2016

Jn 4,4 : Pourquoi Jésus doit traverser Samarie ?


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Le 30 novembre 2016.



Contenu

I. Introduction
II. Deux possibilités pour aller de Judée en Galilée
    1. Les relations entre les Juifs et les Samaritains
    2. Traverser la Samarie
III. Le verbe « dei » (devoir) dans l’Évangile de Jean
    1. Les conditions préalables pour l’auditeur / le lecteur
    2. Le verbe « dei » décrit l’identité de Jésus
    3. La nécessité de remplir la mission
IV. Conclusion


I. Introduction

Nous avons présenté les localités mentionnées en Jn 4 dans l’article : « La topographie en Jn 4,1-43 : Samarie, Sychar, le puits de Jacob et le mont Garizim ». Cette étude se concentrera sur le verset 4,4 : « Il lui fallait [Jésus] traverser la Samarie. » Pourquoi Jésus doit passer par la Samarie ? La réponse à cette question pourrait mettre en lumière l’importance de l’ensemble du récit 4,1-43. Nous traiterons donc deux sujets : (1) deux possibilités pour aller de Judée en Galilée ; (2) l’usage du verbe grec « dei » (devoir, il faut) dans le quatrième Évangile. Ce verbe peut avoir un sens théologique, il décrit la nécessité de la mission de Jésus et de ses disciples.

 

II. Deux possibilités pour aller de Judée en Galilée

Au temps de Jésus, les gens ont deux possibilités pour aller de Judée en Galilée : soit prendre la route en longeant la vallée du Jourdain, soit traverser la Samarie. En s’appuyant sur la géographie de la Palestine et les données historiques (cf. La topographie en Jn 4,1-43), nous abordons deux points : (1) Les relations entre les Juifs et les Samaritains et (2) traverser la Samarie.

Les routes en Palestine au temps de Jésus



Les routes de la Judée vers la Galilée en 2016 :

Google maps

 

    1. Les relations entre les Juifs et les Samaritains

Au temps de Jésus, les Juifs en Judée et en Galilée évitent de traverser le territoire des Samaritains (la région de Samarie), à cause de leurs relations conflictuelles. Par exemple, l’Évangile de Luc rapporte que Jésus et ses disciples vont de Galilée en Judée en passant par la Samarie, mais les Samaritains ne les ont pas accueillis. L’évangéliste raconte en Lc 9,51-53 : « 51 Or il advint, comme s’accomplissait le temps où il [Jésus] devait être enlevé, qu’il prit résolument le chemin de Jérusalem 52 et envoya des messagers en avant de lui. S’étant mis en route, ils entrèrent dans un village samaritain pour tout lui préparer. 53 Mais on ne le reçut pas, parce qu’il faisait route vers Jérusalem. » (Texte de la BiJér, 2000).

Le conflit entre les Samaritains et les Juifs remonte au VIIIe siècle av. J.-C. Après l'effondrement du royaume d’Israël du Nord en 722 av. J.-C., les habitants de la région de Samarie ont été déportés en exil par le roi de l’Empire assyrien, Sargon II. Les Israélites restés dans le pays se sont ainsi trouvé mélangés aux païens envoyés à Samarie par le roi Sargon II. Cette situation est rapportée dans le second Livre des Rois en 2 R 17,22-25 : « 22 Les Israélites imitèrent le péché que Jéroboam avait commis, ils ne s'en détournèrent pas, 23 tant qu’enfin Yahvé écarta Israël de sa face, comme il l'avait annoncé par le ministère de ses serviteurs, les prophètes ; il déporta les Israélites loin de leur pays en Assyrie, où ils sont encore aujourd'hui. 24 Le roi d’Assyrie fit venir des gens de Babylone, de Kuta, de Avva, de Hamat et de Sepharvayim et les établit dans les villes de la Samarie à la place des Israélites ; ils prirent possession de la Samarie et demeurèrent dans ses villes. 25 Au début de leur installation dans le pays, ils ne révéraient pas Yahvé et celui-ci envoya contre eux des lions, qui en firent un massacre. »

L'hostilité entre les Juifs et les Samaritains s’aggravait lorsque les Juifs revinrent d’exil et reconstruisirent la ville de Jérusalem et le Temple en 538-515 av. J.-C. En fait, les Samaritains demandaient à participer aux travaux de reconstruction du temple de Jérusalem mais les Juifs revenus d’exil refusèrent la demande des Samaritains. Ces derniers saisissent cette occasion pour calomnier les Juifs devant les rois de Perse. Ezra rapporte en Esd 4,1-5 : « 1 Mais lorsque les ennemis de Juda et de Benjamin apprirent que les exilés construisaient un sanctuaire à Yahvé, le Dieu d’Israël, 2 ils s’en vinrent trouver Zorobabel, Josué et les chefs de famille et leur dirent : “Nous voulons bâtir avec vous, car, comme vous, nous cherchons votre Dieu et lui sacrifions depuis le temps d’Asarhaddon, roi d’Assur, qui nous amena ici.” 3 Zorobabel, Josué et les autres chefs de familles israélites leur répondirent : “Il ne convient point que nous bâtissions, vous et nous, un Temple à notre Dieu : C’est à nous seuls de bâtir pour Yahvé le Dieu d’Israël, comme nous l’a prescrit Cyrus, roi de Perse.” 4 Alors le peuple du pays se mit à décourager les gens de Juda et à les effrayer pour qu’ils ne bâtissent plus ; 5 on soudoya contre eux des conseillers pour faire échouer leur plan, pendant tout le temps de Cyrus, roi de Perse, jusqu’au règne de Darius, roi de Perse. » Dans ce récit, les expressions « les adversaires de Juda et de Benjamin » (Esd 4,1) et « le peuple du pays » (Esd 4,4) renvoient aux descendants des étrangers réinstallés de force dans la région de Samarie. C’est cette population qui s’est agrandie après l’annexion du territoire du royaume d’Israël du Nord de la Palestine par l’Empire assyrien en 722 av. J.-C.

Au temps de Jésus, les Juifs considérèrent les Samaritains comme une race mixte de semi-païens. Quand les Juifs de Galilée se sont rendus à Jérusalem, en général ils contournaient la région de Samarie, en prenant la route le long de la vallée du Jourdain jusqu’à Jéricho, puis montaient à Jérusalem (cf. la carte ci-dessus). « Il fallait rallonger le voyage d’environ 40 kilomètres de plus, mais cela en valait la peine rien que pour éviter les risques de passer par la Samarie. » (“It added about 25 miles [40 kilometers] to the journey, but it was worth it, if only to avoid the hazards of passing through Samaria”). (WALKER, In the Steps of Jesus, 82). Flavius Josèphe note que le moyen rapide d’aller de Judée en Galilée était à travers la Samarie : « J’écrivis aussi à quelques-uns de mes amis de Samarie de pourvoir à la sûreté de leur passage ; car cette ville était déjà assujettie aux Romains, et comme ce chemin était le plus court, ils n’auraient pu, s’ils ne l’eussent pris, arriver dans trois jours à Jérusalem. » (Fl. Jos. Vie LII,269).

 

    2. Traverser la Samarie

Lorsque le narrateur raconte en Jn 4,4 qu’ : « Il [Jésus] lui fallait traverser la Samarie » pour gagner la Galilée, Jésus voudrait-il prendre un raccourci pour arriver le plus vite en Galilée ? Serait-il pressé ? Il existe deux détails dans le récit qui montrent que Jésus n’est pas pressé quand il a décidé de traverser la Samarie. D’abord, quand les Samaritains demandent à Jésus de rester avec eux, il a demeuré avec eux deux Jours à Sychar (4,40), il n’est donc pas pressé d’aller en Galilée. Ensuite, le voyage se place dans le contexte d’activité de baptême. Le narrateur rapporte en 3,22-23 : « Après cela, Jésus vint avec ses disciples au pays de Judée et il y séjourna avec eux, et il baptisait. 23 Jean aussi baptisait, à Aenon, près de Salim, car les eaux y abondaient, et les gens se présentaient et se faisaient baptiser. » Cette activité baptismale de Jésus et ses disciples est rapportée 4,1-3 : « 1  Quand Jésus apprit que les Pharisiens avaient entendu dire qu’il faisait plus de disciples et en baptisait plus que Jean – 2 bien qu’à vrai dire Jésus lui-même ne baptisât pas, mais ses disciples –, 3 il quitta la Judée et s’en retourna en Galilée. » Dans ce contexte, Jésus et ses disciples pourraient se trouver près du fleuve Jourdain, dans la région de Judée. Dans ce cas, la route la plus courte vers la Galilée est celle qui longe la vallée du Jourdain en direction de Beth Shean. Pour répondre à la question pourquoi Jésus doit traverser la Samarie, nous faisons une observation sur l’utilisation du verbe « dei » (devoir, il faut) dans l’Évangile.

 

III. Le verbe « dei » (devoir) dans l’Évangile de Jean

Le verbe grec « dei » (devoir, il faut) apparaît en 10 occurrences (3,7.14.30 ; 4,4.20.24 ; 9,4 ; 10,16 ; 12,34 ; 20,9) dans le quatrième Évangile. La signification de ce verbe dans son contexte peut être classée en trois groupes : le verbe « dei » (1) exprime les conditions préalables pour l’auditeur / le lecteur (4 f., 3,7.30 ; 4,20.24), (2) décrit l’identité de Jésus (3 f., 3,14 ; 12,34 ; 20,9) ; (3) caractérise la mission de Jésus et celle de ses disciples (3 f., 4,4 ; 9,4 ; 10,16).

 

    1. Les conditions préalables pour l’auditeur / le lecteur

Il y a deux niveaux d’audience de l’Évangile. Le premier niveau se rapporte aux personnages du récit, par exemple les auditeurs de Jésus en Jn 4,1-43 sont les Samaritains et ses disciples. Le deuxième niveau d’audience est le lecteur du texte au cours des siècles. En effet, le récit de l’Évangile est adressé à tous ceux qui le lisent. Cela signifie que le but de la lecture consiste à saisir le message transmis à travers le contenu du récit.

Pour le premier niveau (les personnages du récit), Jésus dit à Nicodème en 3,7 : « Ne t’étonne pas, si je t’ai dit : Il vous faut (dei humas) naître d’en haut. » Le fait de « naître d’en haut » (3,7) ou « naître de nouveau » (3,3) est une nécessité (il faut) pour voir ou entrer dans le Royaume de Dieu (3,3.5). Quant à la femme samaritaine, elle dit à Jésus en 4,20 : « Nos pères ont adoré sur cette montagne et vous, vous dites : C’est à Jérusalem qu’est le lieu où il faut adorer (proskunein dei). » Jésus lui répondit en 4,24 : « Dieu est esprit, et ceux qui adorent, c’est en esprit et en vérité (en pneumati kai alètheiai) qu’ils doivent adorer (dei proskunein). » Le verbe « dei » (devoir) en 4,20.24 exprime un impératif spirituel et théologique pour les adorateurs. En 3,30, Jean Baptiste utilise le verbe « dei » dans sa règle de vie : « Il faut que (dei) lui [Jésus] grandisse et que moi je décroisse. »

Au deuxième niveau (le lecteur du texte), le narrateur communique au lecteur un message dans son récit. À travers les dialogues et les révélations adressés aux personnages dans le récit, l’Évangile invite le lecteur au cours des siècles à vivre l’enseignement de Jésus. Cela signifie que le dialogue entre Jésus et Nicodème suggère au lecteur qu’il lui faut naître de nouveau, naître d’en haut (3,3.7), naître de l’eau et de l’Esprit (3,5) pour recevoir le don de la vie éternelle. De même, la révélation de Jésus, adressée à la femme samaritaine, propose au lecteur de pratiquer une nouvelle façon d’adorer le Père : l’adorer en esprit et en vérité (cf. 4,24). Enfin, le principe de vie de Jean Baptiste en 3,30 est une invitation au lecteur d’adopter le même principe : « Il faut que lui [Jésus] grandisse et que moi je décroisse. » En résumé, le verbe « dei » (devoir, il faut) en 3,7.30 ; 4,20.24 (4 f.) affirme la nécessité pour le lecteur. Ce verbe montre ce qui est à faire et à vivre pour avoir la vraie vie.

    2. Le verbe « dei » décrit l’identité de Jésus

La seconde utilisation du verbe « dei » (devoir, il faut) est la définition de l’identité de Jésus. Ce dernier dit à Nicodème en 3,14-15 : « 14 Comme Moïse éleva le serpent dans le désert, ainsi faut-il que (dei) soit élevé le Fils de l’homme, 15 afin que quiconque croit ait par lui la vie éternelle. » Jésus s’identifie au « Fils de l’homme » qui prend la figure du serpent, le signe de la vie (cf. Nb 21,4-9). En effet, selon l’ordre du Seigneur, « Moïse façonna donc un serpent d’airain qu’il plaça sur l’étendard, et si un homme était mordu par quelque serpent, il regardait le serpent d’airain et restait en vie » (Nb 21,9). Comme le serpent a été élevé dans le désert pour la vie du peuple, Jésus lui-même en tant que Fils de l’homme doit être élevé sur la croix. Par ce moyen, il donne aux croyants la vie éternelle. La révélation en Jn 3,14-15 pointe vers le paradoxe et le mystère de la croix : mourir pour donner la vraie vie.

En tant que personnage du récit, la foule en Jn 12,34 n’a pas compris que « le Fils de l’homme » est Jésus lui-même ; elle lui dit en 12,34 : « Nous avons appris de la Loi que le Christ demeure à jamais. Comment peux-tu dire : ‘Il faut que (dei) soit élevé le Fils de l’homme’ ? Qui est ce Fils de l’homme ? » Le verbe « dei » en 3,14 et 12,34 présente le mystère de l’identité de Jésus et le paradoxe de sa mission, il doit être élevé, cela veut dire il doit mourir.

Après la Passion, le narrateur rappelle la nécessité de la mort pour être ressuscité en 20,9 : « Ils [les disciples] ne savaient pas encore que, d’après l’Écriture, il devait ressusciter d’entre les morts. » Dans ce verset, le verbe « dei » (devoir) affirme la divinité de Jésus. Il est mort et il est ressuscité d’entre les morts. C’est dans la certitude de sa mort et de sa résurrection que Thomas proclame sa foi en lui disant : « Mon Seigneur et mon Dieu » (20,28). Ce sont les titres de Dieu et ces titres sont désormais attribués à Jésus. La profession de Thomas est la foi de la communauté croyante.

    3. La nécessité de remplir la mission

La troisième utilisation du verbe « dei » (devoir) est liée à la mission de Jésus et à celle des disciples. Il leur dit en 9,4 : « Tant qu’il fait jour, il nous faut (hèmas dei) travailler aux œuvres de celui qui m’a envoyé ; la nuit vient, où nul ne peut travailler. » Qui a envoyé Jésus au monde ? L’expression « celui qui m’a envoyé » dans ce verset désigne Dieu, le Père de Jésus comme il le révèle à plusieurs reprises dans l’Évangile, par exemple, Jésus dit aux Pharisiens en 8,18 : « Moi, Je suis mon propre témoin. Témoigne aussi à mon sujet le Père qui m’a envoyé. » En 10,16, Jésus utilise le verbe « dei » pour décrire sa mission : « J’ai encore d’autres brebis qui ne sont pas de cet enclos ; celles-là aussi, il faut que (dei) je les mène ; elles écouteront ma voix ; et il y aura un seul troupeau, un seul pasteur. »

Le récit 4,1-42 rapporte la mission de Jésus en Samarie en lien avec la mission des disciples. Jésus leur parle de la relation entre le semeur et le moissonneur en 4,35-38 : « 35 Ne dites-vous pas : Encore quatre mois et vient la moisson ? Eh bien ! je vous dis : Levez les yeux et regardez les champs, ils sont blancs pour la moisson. Déjà 36 le moissonneur reçoit son salaire et récolte du fruit pour la vie éternelle, en sorte que le semeur se réjouit avec le moissonneur. 37 Car ici se vérifie le dicton : autre est le semeur, autre le moissonneur ; 38 je vous ai envoyés moissonner là où vous ne vous êtes pas fatigués ; d’autres se sont fatigués et vous, vous héritez de leurs fatigues. » En effet, « les champs, ils sont blancs pour la moisson » (4,35b) parce que la rencontre entre Jésus et la femme samaritaine a fait naître la foi chez beaucoup d’habitants de la ville de Sychar, comme le remarque le narrateur en 4,39 : « De cette ville, nombre de Samaritains crurent en lui [Jésus] à cause de la parole de la femme, qui attestait : “Il m’a dit tout ce que j’ai fait.” » La femme samaritaine dans le récit est présentée comme un missionnaire. Le fait de croire en Jésus grâce à sa parole (4,41) ou grâce au témoignage des autres renvoie à la prière de Jésus pour la mission des disciples, il dit à son Père en 17,20 : « Je ne prie pas pour eux [les disciples] seulement, mais aussi pour ceux qui, grâce à leur parole, croiront en moi. » Dans ce verset, l’expression « eux seulement » désigne les disciples de la première génération, et l’expression « ceux qui, grâce à leur parole, croiront en moi » désigne tous les disciples des générations suivantes jusqu’à nos jours. Ce sont des personnes qui croient en Jésus grâce à la prédication et témoignages d’autres disciples.

La fin du séjour de Jésus en Samarie (4,39-42) met l’accent sur la mission de Jésus, son identité et la foi des Samaritains. Les Samaritains viennent à Jésus et lui demandent de rester avec eux  et « il y demeura deux jours » (4,40b). Les résultats sont spectaculaires : d’abord, « ils furent bien plus nombreux à croire, à cause de sa parole » (4,41) ; et ensuite, les Samaritains dit à la femme en 4,42 : « Ce n’est plus sur tes dires que nous croyons ; nous l’avons nous-mêmes entendu et nous savons que c’est vraiment lui le sauveur du monde. » Dans cette perspective, le verbe « dei » (devoir) en 4,4 : « il lui [Jésus] fallait traverser la Samarie » décrit la nécessité pour Jésus d’accomplir sa mission, celle de révéler son identité au monde pour que le monde puisse reconnaître qu’il est « le Messie », « le Christ » (4,25-26), « le sauveur du monde » (4,42) et qu’il parvienne à croire en lui. Ainsi les croyants reçoivent « l’eau vive » qui deviendra en eux une « source d’eau jaillissant en vie éternelle » (4,14b) et accèdent à la véritable adoration du Père en esprit et en vérité (4,23-24).

Dans le contexte de l'Évangile, en particulier en 4,1-43, le verbe « dei » (devoir, il faut) en 4,4 exprime donc une nécessité théologique et missionnaire. Ce que Jésus a réalisé en Samarie est un modèle de la mission des disciples laquelle prend sa source dans la mission de Jésus. En effet, Jésus leur dit en 4,38 : « Je vous ai envoyés moissonner là où vous ne vous êtes pas fatigués ; d’autres se sont fatigués et vous, vous héritez de leurs fatigues. » Jésus est le premier qui s’est fatigué sur le chemin missionnaire, comme le narrateur le rapporte en 4,6b : « Jésus, fatigué par la marche, se tenait donc assis tout contre la source [le puits de Jacob]. C’était environ la sixième heure. » Notons que dans le quatrième Évangile, le verbe « kopiaô » (fatiguer) n’apparaît qu’en 3 occurrences (4,6.38a.38b) dans la péricope 4,1-42.

 

IV. Conclusion

Le verbe « dei » (devoir) dans l’Évangile selon Jean exprime donc les nécessités théologiques qui touchent la mission de Jésus, celle des disciples et la vie du lecteur. Pour l’homme, le seul moyen pour entrer dans le Royaume de Dieu est que l’on « doit naître d’en haut » (3,7). Pour les croyants, ils doivent adorer le Père « en esprit et en vérité » (4,23.24). Quant à Jésus, il « doit être élevé » sur la croix (3,14) et « doit ressusciter d’entre les morts » (20,9). La mission de Jésus et celle des disciples sont énoncées dans sa parole adressée aux disciples en 9,4 : « il nous faut travailler aux œuvres de celui qui m’a envoyé ». En tant qu’unique bon pasteur, Jésus doit mener les autres brebis « qui ne sont pas de cet enclos » (10,16a) pour qu’« il y aura un seul troupeau, un seul pasteur » (10,16b). Dans cette perspective théologique, le verbe « dei » en 4,4, exprime la nécessité d’étendre la mission aux gens en dehors de la communauté juive.

Du point de vue théologique, Jésus doit prendre la route qui traverse la Samarie pour apporter d’autres brebis égarées pour former un seul troupeau, un seul pasteur. Cette interprétation correspond à la mission de Jésus en 4,1-42. À travers les rencontres, Jésus révèle son identité ; il offre la vie éternelle aux croyants ; il travaille donc aux œuvres de celui qui l’a envoyé (9,4a). D’abord, il se révèle lui-même comme celui qui peut offrir l’eau vive laquelle est une « source d’eau jaillissant en vie éternelle » (4,14b). Ensuite, il révèle la véritable adoration : « les véritables adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité » (4,23b). Enfin, il s’identifie au Messie (le Christ) que les Samaritains et les Juifs attendent, Jésus dit à la femme samaritaine : « C’est Moi, celui qui te parle. » (4,26).

La réussite de la mission se traduit par une augmentation grandissante du nombre de gens qui croient en Jésus : d’abord « nombre de Samaritains crurent en lui à cause de la parole de la femme » (4,39a) et ensuite, « ils furent bien plus nombreux à croire, à cause de sa parole [de Jésus] » (4,41). Le fruit de sa mission renvoie à l’image « des champs sont blancs pour la moisson » (4,35b). Les rencontres et les conversations en Samarie se culminent par la foi des Samaritains et la proclamation de ces derniers que Jésus est vraiment « le Sauveur du monde » (4,42). En suivant les évènements racontés dans le récit, le lecteur est invité à reconnaître qui est Jésus, à croire en lui et à proclamer qu’il est le sauveur comme l’ont fait les Samaritains. Ainsi, le croyant reçoit le don de « l’eau vie » expliqué par Jésus à la femme samaritaine en 4,13-14 : « 13 Quiconque boit de cette eau aura soif à nouveau ; 14 mais qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura plus jamais soif ; l’eau que je lui donnerai deviendra en lui source d’eau jaillissant en vie éternelle. »




Bibliographie

FLAVIUS JOSÈPHE (Fl. Jos.), Vie, Traduction par Buchon, Édition Delagrave, 1836. http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Flajose/vie.htm.

WALKER, Peter, In the Steps of Jesus, an Illustrated Guide to the Places of the Holy Land, Oxford, Lion Hudson, 2006.


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