21 décembre 2017

Jn 15,18–16,4a : La haine du monde hostile



Email: josleminhthong@gmail.com
Le 21 décembre 2017

Contenu

Introduction
I. Le contexte et la structure de 15,18–16,4a
II. Les causes de la haine
     1. Ne pas être du monde (15,19b)
     2. Être choisi par Jésus (15,19c)
     3. L’identification entre les disciples, Jésus et le Père
     4. La méconnaissance du monde (15,21 ; 16,3)
     5. « Ils m’ont haï sans raison » (15,25b)
III. La manifestation de la haine et le péché du monde
     1. La mise à mort des croyants (16,2b)
     2. Le péché inexcusable du monde hostile (15,22-25)
IV. Les disciples face à la haine du monde
     1. Le témoignage des disciples (15,27)
     2. « Ne soyez pas scandalisés » (16,1b)
Conclusion
     Bibliographie



Introduction

Dans l’article : « Le monde (kosmos) dans l’Évangile de Jean », nous avons distingué « le monde hostile » des autres sens du terme « monde ». Le monde qui hait Jésus et ses disciples (15,18-19) n’a pas le même sens que le monde en général, ni celui de l’humanité. Les caractéristiques de ce monde sont présentées dans l’article : « Six caractéristiques “du monde hostile” et “des adversaires de Jésus” dans l’Évangile de Jean », à savoir (1) haïr Jésus, ses disciples et le Père ; (2) appartenir au Prince de ce monde et au diable ; (3) ne pas connaître le Père et Jésus ; (4) ne pas croire en Jésus ; (5) avoir le péché ; et (6) être invités à croire et à connaître Jésus. Dans cet article, nous analysons la haine du monde dans la péricope 15,18–16,4a, en quatre parties : (I) Le contexte et la structure de 15,18–16,4a ; (II) les causes de la haine ; (III) La manifestation de la haine et le péché du monde ; (IV) les disciples face à la haine du monde.

I. Le contexte et la structure de 15,18–16,4a

Nous avons exposé le contexte et la structure de 15,18–16,4a dans l’article : « Le contexte et la structure de Jn 15,1-17 et 15,18–16,4a. » Ici, nous observons d’abord (1) l’utilisation des verbes « miseô » (haïr) et « diôkô » (persécuter) ; ensuite nous présentons brièvement (2) le contexte et la structure de la péricope 15,18–16,4a et de l’unité 15,18-21.

(1) Le quatrième Évangile n’emploie pas le substantif « la haine ». Ce terme employé dans cet article se réfère au verbe « miseô » (haïr) qui apparaît en douze occurrences (3,20 ; 7,7a.7b ; 12,25 ; 15,18a.18b.19.23a.23b.24.25 ; 17,14) dont sept fois dans la péricope 15,18–16,4a. La haine est l’un des thèmes principaux de la péricope 15,18–16,4a. Le monde hait Jésus (15,18.23.24.25), le Père (15,23.25) et les disciples (15,18.19). Les acteurs du verbe « haïr » ne sont pas toujours les mêmes. Excepté en 12,25 où Jésus parle de « haïr sa vie » pour la garder en vie éternelle, tous les autres sujets de « miseô » concernent le groupe opposé à Jésus. Le sujet de ce verbe en 3,20 est « pas » (quiconque) exprimant une vérité en général. Si nous ne comptons pas la parole de Jésus en 15,23 (2 fois du verbe « miseô ») qui a, elle aussi, une portée générale et la citation de l’Écriture en 15,25, il reste sept occurrences qui désignent la haine du monde, lesquelles se trouvent en 7,7 (2 fois) ; 15,18-25 (4 fois) ; 17,14 (1 fois).

Comme le verbe « miseô », l’Évangile n’emploie que le verbe « diôkô » (persécuter) et non le substantif « la persécution ». Ce verbe apparaît en trois occurrences (5,16 ; 15,20a.20b). Après le signe de la guérison d’un infirme à la piscine de Bethzatha (5,1-9), le narrateur rapporte en 5,16 : « C’est pourquoi les Juifs persécutaient Jésus : parce qu’il faisait ces choses-là le jour du sabbat. » En 15,20, Jésus dit aux disciples : « Rappelez-vous la parole que je vous ai dite : Le serviteur n’est pas plus grand que son maître. S’ils m’ont persécuté, vous aussi ils vous persécuteront ; s’ils ont gardé ma parole, la vôtre aussi ils la garderont. » Ainsi la persécution par le monde hostile renvoie à la persécution par les Juifs durant la mission de Jésus. Il s’agit de la manifestation de haine envers Jésus et ses disciples.

(2) Les ch. 13–17 se structure en trois sections (ch. 13–14 ; ch. 15–16 ; ch. 17). Les trois péricopes des ch. 15–16 (15,1-17 ; 15,18–16,4a ; 16,4b-33) renvoient l’une à l’autre. Il s’agit de la relation interne et externe de la communauté des disciples. Dans la péricope 15,18–16,4a, Jésus révèle la situation des disciples en dehors du cercle de la communauté. Les disciples font face à la haine et à la persécution du monde. Cette péricope est bien délimitée : il y a un changement de sujet au début (entre 15,17 et 15,18) et à la fin (entre 16,4a et 16,4b). Pour la première fois dans les discours d’adieux (ch. 13–17), le verbe « haïr » apparaît en 15,18 : « Si le monde vous hait, sachez que moi, il m’a pris en haine avant vous », dit Jésus aux disciples. À la fin de la péricope, le verset 16,4a conclut ce qui précède et le verset 16,4b introduit une nouvelle péricope (16,4b-33). La péricope 15,18–16,4a se structure en parallèle avec l’élément (D) au centre, comme suit : 


Le parallèle A et A’ montre que les disciples sont haïs et persécutés par le monde hostile ; la situation présente (A) renvoie à l’avenir (A’). Les éléments B et B’ montrent la méconnaissance des persécuteurs. En même temps, le monde hostile est responsable de ses actes. Jésus dévoile son péché, et sa haine envers son Père et lui-même, en 15,22-25 (C) ; les persécuteurs vont passer à l’acte en 16,4a (C’). L’unité centrale en 15,26-27 (D) est importante pour l’ensemble de la péricope. Jésus promet la venue du Paraclet et son témoignage pour que les disciples ne soient pas scandalisés (16,1) face à la haine. Au cœur de la haine et de la persécution, les disciples sont invités à témoigner en faveur de Jésus avec l’aide du Paraclet, l’Esprit de vérité. Les thèmes de la péricope (la haine, la persécution, l’appartenance, le choix, le péché, le témoignage, le scandale) sont liés entre eux.
Les éléments A (15,18-20) et B (15,21) forment une unité littéraire structurée en parallèle (A, B, C, D, A’, B’, C’) :


L’élément au centre de la structure (D. v.20a.b) présente le thème de l’identification entre Jésus et ses disciples que nous étudierons dans la suite. Les parallèles (A. v.18 // A’. v.20a et B. v.19a.b // B’. v.20d) commencent par une phrase au conditionnel « si » (ei). « Haïr » (A) est en parallèle avec « persécuter » (A’) ; « garder la parole » (B’) est conditionné par « ne pas être du monde » (B). Le parallèle C et C’ montre les causes de l’hostilité du monde : le choix de Jésus (C) et la méconnaissance du monde (C’). Cette structure nous aide à étudier les causes de la haine.

II. Les causes de la haine

Nous avons remarqué que la plupart des occurrences du verbe « haïr » (miseô), sept sur onze, se retrouve dans la péricope 15,18–16,4a. Cette haine atteint Jésus, ses disciples et le Père. Les explications sur le pourquoi de la haine du monde dans cette péricope sont nombreuses. Nous présentons les cinq causes de la haine : (1) les disciples ne sont pas du monde (15,19b) ; (2) être choisi par Jésus (15,19c) ; (3) l’identification entre les disciples, Jésus et le Père ; (4) la méconnaissance du monde (15,21 ; 16,3) ; (5) cette haine est écrite dans « leur Loi » : « Ils m’ont haï sans raison » (15,25b).

     1. Ne pas être du monde (15,19b)

Jésus explique la raison pour laquelle le monde hait les disciples en 15,19. Nous examinons d’abord (1) la structure de 15,18-19 ; ensuite (2) l’expression « ek tou kosmou » (du monde) ; et enfin (3) nous évoquons quelques interprétations discutables avant de proposer la nôtre.

(1) Les versets 15,18-19 introduisent les thèmes : « haïr », « aimer », « être de » et « choisir ». Ces versets se structurent en chiasme A, B, A’ comme suit :


Le v.19 commence par un « si » (ei) suivi du verbe être à l’imparfait « étiez » (ète) indiquant une condition irréelle (15,19a). Tandis que la situation réelle est « le monde vous hait » (15,19d) où le verbe « miseô » (haïr) est au présent de l’indicatif (misei). Après la condition irréelle (15,19a), une explication est introduite par une conjonction causale « parce que » (hoti), suivie d’une conjonction « mais » (de) exprimant une antithèse (15,19b).

On se demande si le v.19c explique le v.19b ou le v.19a. La conjonction « alla » (v.19c) liant une proposition négative à une proposition affirmative exprime une opposition. Mais il n’y a pas d’opposition entre 15,19b et 15,19c. La conjonction « alla » introduit donc la deuxième explication de 15,19a. En effet, le terme « hoti » au début du v.19b annonce une série d’explications : l’une commence par « de » (mais) et l’autre commence par « alla » (puisque). Ces deux explications s’opposent à l’irréel en 15,19a : « Si vous étiez du monde ». Le v.19c est donc la deuxième explication du v.19a et non une précision du v.19b. Cette remarque permet de trouver la première raison de la haine : « ne pas être du monde » (15,19b), et la deuxième étant le choix de Jésus (15,19c).

(2) L’expression grecque « ek tou kosmou » (du monde) est ambigüe. Dans les six occurrences du terme « monde » (kosmos) en 15,18-19, le monde est le sujet des verbes « haïr » (deux fois : 15,18a.18b) et « aimer (phileô) » (une fois : 15,19a). Les trois autres occurrences se retrouvent dans l’expression « ek tou kosmou » (du monde) en 15,19a.19b.19c. L’ambiguïté se produit dans le fait que si Jésus a tiré les disciples « du monde » cela implique qu’ils étaient « du monde » auparavant. Cette idée ne correspond pas avec 15,19a.b puisque les disciples ne sont jamais du monde hostile.

Pour éviter le malentendu, certains manuscrits grecs précisent davantage la locution « ne pas du monde » (ek tou kosmou ouk) en 15,19b, par exemple, « ne pas de celui-ci » (ouk ek toutou) attestée dans le manuscrit P66c ; ou « ne pas de ce monde ci » (ouk ek toutou tou kosmou), attestée dans le manuscrit P66*. Le pronom démonstratif génitif masculin « toutou » (celui-ci), ajouté dans les variantes citées, renvoie au monde qui le précède, c’est le monde qui « aimerait son propre bien » (15,19a) et qui hait Jésus et ses disciples (15,18). Le terme « monde » en 15,19b.19c risque d’entraîner confusion et malentendu d’où les variantes pour préciser le sens.

Nous sommes en désaccord avec C.H. Dodd, L’interprétation, p. 520-521 et X. Léon-Dufour, Lecture de l’Évangile, t. III, p. 188-189. Ces auteurs ont fait le rapprochement de l’expression « ek tou kosmou » (du monde) entre 15,19 et 8,23. Cependant, il ne s’agit pas du même « monde » dans ces deux versets. En effet, Jésus dit aux Juifs en 8,23 : « Vous, c’est d’en bas que vous êtes ; moi, c’est d’en haut que je suis. Vous, c’est de ce monde (humeis ek toutou tou kosmou) que vous êtes ; moi, je ne suis pas de ce monde (egô ouk eimi ek toutou tou kosmou). » Il s’agit d’être ou de ne pas être de ce monde-ci par rapport à un autre monde. Le parallèle s’opère, d’une part, entre « être de ce monde-ci » et « ne pas être de ce monde-ci » ; et d’autre part, entre « être d’en bas » et « être d’en haut ». C’est une comparaison du statut de Jésus et celui des Juifs. La situation en 8,23 n’est donc pas celle des disciples face au monde hostile en 15,18-19. De ce fait, le rapprochement de l’expression « ek tou kosmou » en 15,19 et en 8,23 par C.H. Dodd et X. Léon-Dufour ne se justifie guère. Dans ces versets (8,23 ; 15,19), le contexte n’est pas le même et le sens du terme « monde » est différent.

Pour rendre intelligible trois occurrences de l’expression « ek tou kosmou » (du monde) en 15,19a.19b.19c, il faut tenir compte des divers sens de la préposition « ek » (de) et du terme « kosmos » (monde). En effet, la préposition « ek » a deux sens principaux : le premier exprime une origine, un état, une situation, une appartenance. L’expression « ek tou kosmou » en 15,19a.19b veut dire du monde, appartenir au monde. Le deuxième a le sens local : « venant de », « sortant de » ; il marque une séparation, « ek tou kosmou » en 15,19c veut dire « du milieu du monde ». Cette distinction se complète par les divers sens du monde (cf. l’article « le monde »).

Si le « monde » en 15,19 désigne, soit le monde hostile, soit le monde-humanité, l’expression « ek tou kosmou », utilisée trois fois, en 15,19, est logique. En effet, « le monde » en 15,18.19a.19b est « le monde hostile » qui hait Jésus, ses disciples et aime son propre bien. Les disciples ne sont pas de ce monde. Par contre, le terme « monde » en 15,19c a le sens de « monde-humanité » dans lequel Jésus a choisi les disciples. Ainsi, « le monde hostile » renvoie aux adversaires de Jésus ; quant au « monde-humanité », il représente tout homme. Jésus a choisi les disciples dans le monde-humanité. Ces derniers ne sont jamais du monde hostile ; la condition irréelle en 15,19a l’indique. Dans l’Évangile, la locution être « du monde (ek tou kosmou) » au sens de être « du monde hostile » renvoie à être « du Mauvais » (ek tou ponèrou) » (17,15b) et « du diable (tou diabolou) » (8,44a). La non-appartenance des disciples au monde hostile évoque la haine de ce monde. Une autre raison de la haine est le choix de Jésus (15,19c).

     2. Être choisi par Jésus (15,19c)

La structure de 15,19 plus haut exige de lire ensemble 15,19c : « puisque mon choix vous a tirés du monde » et 15,19d : « pour cette raison, le monde vous hait. » La tournure « pour cette raison » (dia touto) lie ces deux phrases. La traduction de la BiJér, 2000, ci-dessus s’éloigne du texte grec, qui est littéralement : « puisque moi (all’ egô), je vous ai choisi (exelexamèn humas) du milieu du monde (ek tou kosmou), pour cela (dia touto), le monde vous hait (misei humas ho kosmos) » (15,19c.d). Jésus est le sujet du verbe « eklegomai » (choisir). C’est le choix de Jésus qui est en jeu. Une observation de ce thème dans l’Évangile aide à comprendre 15,19c.

Le verbe « eklegomai » (choisir) apparaît en cinq occurrences (6,70 ; 13,18 ; 15,16a.16b.19) dans lesquelles Jésus est toujours le sujet du verbe. Ce dernier parle aux disciples de leur statut en 15,16a : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi ; mais c’est moi qui vous ai choisis et vous ai établis pour que vous alliez et portiez du fruit et que votre fruit demeure. » Le verbe « eklegomai » en 6,70 ; 13,18 se retrouve dans le contexte où Jésus parle de celui qui va le livrer, Judas Iscariote. Les deux occurrences du verbe en 15,16a.16b apparaissent après l’affirmation de Jésus sur l’amour le plus grand : déposer sa vie pour ses amis (15,13). En 15,19, « eklegomai » revient après l’annonce de la haine du monde (15,18). Ainsi, Jésus parle de son choix en employant le verbe « eklegomai » dans un contexte de crise, à la fois interne de la communauté des disciples : l’action de Judas (6,70 ; 13,18), le départ imminent du maître (15,16a.16b) ; et externe : la haine et la persécution du monde (15,19).

Cette sélection ne doit pas être comprise comme une préférence (choisir ceux-ci et non pas ceux-là). Si Dieu aime l’humanité (3,16), l’amour de Dieu est pour tous. Jésus invite tout homme à venir à lui pour devenir son disciple. En même temps, le thème du choix exprime la théologie de l’Évangile. D’abord Jésus dévoile la profondeur de la situation des disciples. Certes, le fait de croire en Jésus est une décision personnelle, en même temps, le don de Dieu est antérieur (6,44a). Ce n’est pas par sa propre force que l’homme parvient à croire en Jésus. Pour devenir disciple, le choix de Jésus est primordial (15,16a).

Ensuite, cette sélection est à la fois la cause de la haine du monde (15,19d) et l’affirmation de l’autorité et du pouvoir du maître. En un sens, si le monde hait les disciples à cause du nom de Jésus (15,21), ce dernier assume la responsabilité de la haine du monde envers ses disciples. En réalité le monde hait et persécute Jésus à travers ses disciples. En un autre sens, le choix de Jésus manifeste son pouvoir de protéger les siens. L’insistance du sujet en 15,19c : « Moi (egô), je vous ai choisis » confirme cette interprétation.

     3. L’identification entre les disciples, Jésus et le Père

La troisième raison de la haine est l’identification entre Jésus et ses disciples et entre Jésus et son Père. Ce thème s’exprime à travers plusieurs sujets : haïr (15,18.23), persécuter (15,20a) et garder la parole (15,20b). Nous examinons d’abord (1) le verbe « haïr » et la préposition « avant » en 15,18 ; ensuite, (2) l’identification entre Jésus, les disciples et le monde ; et enfin, (3) l’identification entre Jésus et le Père (15,23).

(1) Jésus dit à ses disciples en 15,18 : « Si le monde vous hait (ei ho kosmos humas misei), sachez que moi, il m’a pris en haine avant vous. » La BiJér, 2000, traduit le verbe « haïr » en 15,18b par « prendre en haine », littéralement : « Moi, il m’a haï avant vous (eme prôton humôn memisèken) ». Le thème de l’identification joue sur le temps du verbe « miseô » (haïr). Ce verbe est conjugué au temps présent (misei) pour les disciples (15,18a) et au parfait (memisèhen) pour Jésus (15,18b).

Le temps présent exprime la durée qui a une valeur permanente ou de répétition. Il peut faire allusion à la situation de la communauté johannique. Le narrateur rapporte la révélation de Jésus pour que le lecteur de la communauté ne succombe pas à l’épreuve. C’est à cause de Jésus, à cause de son Nom (15,21a) que la haine se déchaîne. Le présent du verbe « haïr » en 15,18a n’est pas seulement un présent historique qui rend le récit plus vivant, mais il exprime aussi la durée d’une situation. « Le monde vous hait » (15,18a) est une réalité qui persiste au cours des siècles.

La haine que subissent les disciples est postérieure à celle subie par Jésus, puisque « Moi, il m’a haï avant (prôtos) vous » (15,18b), dit-il. La préposition « prôtos » exprime ce qui est avant, le premier dans une série. Jésus est le premier qui a éprouvé la haine du monde. Le verbe « haïr » au parfait (memisèken) exprime le résultat actuel et durable d’une action. La haine du monde envers les disciples trouve donc son origine dans sa haine envers Jésus. Ce ne sont pas les disciples mais c’est Jésus demeurant dans les disciples que le monde hait. Ainsi, le sort de Jésus et celui des disciples sont inséparables.

(2) Le processus de l’identification s’opère sur plusieurs acteurs : le monde, Jésus et les disciples. Le monde d’abord, s’il hait les disciples, il identifie Jésus à ses disciples. Haïr Jésus et haïr ses disciples vont de pair, l’un implique l’autre. La haine envers les disciples vise explicitement leur maître. Jésus ensuite s’identifie avec ses disciples. Il a choisi les disciples et il les rejoint dans leurs épreuves. C’est une identification protectrice et efficace puisque le maître demeure avec et dans les disciples. Vient enfin l’identification entre les disciples et Jésus. C’est avec Jésus que les disciples affrontent la haine. Ils ne sont jamais seuls face à l’hostilité du monde. Jésus, le vainqueur du monde (16,33c), demeure en eux. Un seul moyen pour surmonter la crise est donc de demeurer en lui, en son amour (15,1-11) et dans sa parole (8,31). En s’unissant à Jésus, comme les sarments sur la vigne, les disciples puisent la force et le courage pour tenir ferme leur foi.

(3) Quant à l’identification entre Jésus et le Père, elle figure dans les affirmations de Jésus en 15,23 et 15,24d. Le parallèle entre 15,22-23 et 15,24-25 est explicite sur les thèmes : la mission, le péché et la haine :


La haine (D//D’) est mentionnée après la révélation du péché du monde (B//B’). L’hostilité du monde est donc liée au péché. Le refus d’écouter les paroles de Jésus et de voir ses œuvres pour reconnaître en lui l’envoyé du Père est un péché inexcusable (15,22c). Nous étudierons davantage ce péché par la suite ; pour l’instant retenons que ce péché conduit à la haine. La parole en 15,23 exprime le principe d’identification. Dans l’Évangile, la relation entre Jésus et son Père est dévoilée de manière inédite. Jésus déclare : « Moi et le Père nous sommes un » (10,30 ; cf. 17,22b) et « le Père est en moi et moi dans le Père » (10,38 ; cf. 14,10-11). Que la haine du monde envers Jésus éclabousse le Père n’est donc pas étonnante.

L’indentification entre Jésus et le Père a une portée théologique. En un sens, si le monde hait Jésus, il hait Dieu lui-même. Cette accusation montre la gravité de la haine du monde. Les persécuteurs prétendent servir Dieu (16,2), mais en réalité ils le haïssent et se dressent contre lui. En un autre sens, si le monde hait le Père, le Dieu auquel il croit rendre un culte (16,2) n’est pas le vrai Dieu. Cette révélation rassure les disciples dont la foi en Dieu est remise en cause. L’identification entre Jésus et le Père exclut donc l’amalgame entre le Dieu des persécuteurs et le Dieu des disciples.

L’identification dans l’Évangile doit se comprendre dans le sens de communion de vie et non pas de fusion. Elle se différencie de l’identification, dans le domaine psychologique, selon laquelle s’identifier avec un autre peut conduire à la perte de son identité, au sentiment de fusion, ce qui est signe d’une pathologie. Au contraire, le « moi » de Jésus, le « vous » désignant les disciples et l’appellation « mon Père » par Jésus en 15,18–16,4a affirment la place de chacun dans une relation interpersonnelle.

En résumé, Jésus s’identifie à ses disciples pour les protéger et à son Père pour assurer la foi des disciples en Dieu. Le monde hostile identifie Jésus aux siens. Le thème de l’identification ayant une valeur christologique et théologique dévoile la relation des plusieurs personnages : le monde, Jésus, les disciples, le Père.

     4. La méconnaissance du monde (15,21 ; 16,3)

La quatrième cause de la haine est la méconnaissance du monde hostile (15,21 ; 16,3). Il s’agit d’une caractéristique propre à tous ceux qui refusent de croire en Jésus, (cf. article : « Six caractéristiques du monde hostile »). Nous étudions ce thème en quatre points : (1) le parallèle entre 51,21 et 16,2 ; (2) le sens des verbes « oida » et « ginôskô » (savoir, connaître) ; (3) ne pas connaître le Père conduit à ne pas connaître Jésus ; (4) la relation entre le péché inexcusable et la méconnaissance.

(1) Par deux fois (15,21 et 16,3), la méconnaissance du monde est mentionnée après l’annonce de la persécution. Ces deux versets sont en parallèle (A, B, A’, B’) :


Le terme « tauta » (cela) en 15,21 renvoie à la haine et à la persécution (15,18-20) et celui en 16,3 renvoie à l’exclusion de la synagogue et à la mise à mort des disciples (16,2). Ces deux occurrences de « tauta » résument donc l’annonce et la manifestation de la haine et de la persécution en 15,18–16,4a. Le verbe « faire » (poieô) au futur de l’indicatif (poièsousin), en 15,21a ; 16,3a, dévoile la persécution en acte : « Ils le feront… » La raison pour laquelle le monde hait Jésus et ses disciples jusqu’à les mettre à mort est qu’il ne connaît pas celui qui a envoyé Jésus (15,21b) et ne reconnaît ni le Père ni Jésus (16,3b).

(2) Les verbes « oida » (15,21b) et « ginôskô » (16,3b) qui signifient connaître, reconnaître, savoir, peuvent-ils avoir des nuances ? La BiJér, 2000, traduit ces deux verbes dans son contexte, comme suit : le verbe « oida » est traduit par « connaître » en 15,21b…, « savoir » en 15,15a… ; et le verbe « ginôskô » par « savoir » en 15,18b…, « connaître » en 17,3…, « reconnaître » en 16,3b…, « comprendre » en 16,19…, « apprendre » en 12,9a… P.-M. Jerumanis, Réaliser la communion, n. 181, p. 147, résume trois opinions sur le sens des verbes « oida » et  « ginôskô » : (1) maintenir la distinction entre ces deux verbes  (I. de La Potterie) ; (2) considérer que ces deux verbes sont en général interchangeables et synonymes (J. Gaffney ; K.J. Carl) ; (3) estimer qu’il y a une nuance mais ce n’est pas une distinction nette (R.E. Brown, The Gospel, I, p. 514).  Pour nous, ces deux verbes ont à la fois des nuances différentes et des complémentarités que nous justifions ci-dessous.

Le verbe « oida » a la racine « id- » qui veut dire « voir » (horaô) ; « oida » exprime ainsi l’idée d’une connaissance acquise par la capacité de raisonnement intellectuelle. Cette capacité est possédée par le monde, mais elle est aveuglée par l’amour pour les ténèbres (3,19b) et l’appartenance au diable (8,44a). Quant au verbe « ginôskô », le suffixe « skô- » est une forme à redoublement au sens de répétition qui exprime l’idée d’apprentissage aboutissant à un résultat, à la fin d’un processus ; « ginôskô » a donc le sens d’apprendre à connaître. Pour le monde hostile, l’aboutissement de cet apprentissage est un échec : il ne parvient pas à connaître Jésus. Dans l’usage biblique, le verbe « ginôskô » signifie une communion intime, une relation interpersonnelle profonde. Jésus parle ainsi de sa relation avec ses brebis et son Père en 10,14-15a : « 14 Moi, je suis le bon pasteur ; je connais (ginôskô) mes brebis et mes brebis me connaissent (ginôskousi), 15 comme le Père me connaît (ginôskei) et que je connais (ginôskô) le Père. » En 16,3b, « ne pas connaître (ginôskô) le Père » renvoie à « ne pas connaître Dieu » présenté tout au long de la Bible. Dans ce sens, le monde hostile n’arrive pas à entrer dans la relation avec Dieu. La haine et l’hostilité du monde font allusion donc à l’infidélité qui a jalonné l’histoire d’Israël. Les sens des verbes « oida » en 15,21b et « ginôskô » en 16,3b expriment donc les divers aspects de la connaissance.

Le temps de ces verbes en 15,21b ; 16,3b est signifiant. L’indicatif parfait « oidasin » du verbe « oida » en 15,21b exprime le résultat actuel d’une action du passé. La méconnaissance renvoie donc au refus du monde devant les paroles et les œuvres de Jésus au cours de sa mission. Ce temps du parfait exprime aussi la permanence des effets de cette action dans le présent ; la méconnaissance du monde persiste dans l’histoire. Quant à l’aoriste de l’indicatif « egnôsan » du verbe « ginôskô » en 16,3b, ce temps exprime un fait du passé. Cette ignorance précède donc les actes de persécution. Selon la nuance entre ces deux verbes, le monde ne sait ni ne connaît le Père et Jésus. La négation « ouk » (ne pas) des verbes « oida » (15,21b) et « ginôskô » (16,3b) décrit une méconnaissance totale de la part du monde. Il en est de même au cours de la mission de Jésus où la méconnaissance de ses adversaires est exprimée aussi par ces deux verbes : la négation de « ginôskô » en 8,55a : « Vous ne le [le Père] connaissez (ouk egnôkate) pas », dit Jésus aux Juifs ; la négation de « oida » en 7,28d, Jésus déclare à la foule : « celui qui m’a envoyé est véridique. Vous, vous ne le connaissez (ouk oidate) pas. »

Quant à Jésus, sa connaissance est présentée par l’affirmation des deux verbes « oida » et « ginôskô ». Jésus dit aux Juifs en 8,55b : « Moi, je le [le Père] connais (oida). » Dans un contexte de débat, l’aspect du raisonnement et du savoir est mis en relief par le verbe « oida ». En 10,15a (cité plus haut), la communion réciproque entre Jésus et le Père est exprimée par le verbe « ginôskô ». De ce fait, Jésus possède une connaissance parfaite du Père.

(3) La méconnaissance du monde hostile concerne d’abord le Père. Ce dernier est reconnu en 15,21b par le titre de celui qui a envoyé Jésus ; et en 16,3b, le Père est mentionné avant Jésus. Ainsi, « ne pas connaître le Père » conduit à « ne pas connaître Jésus ». La méconnaissance du monde dans la péricope 15,18–16,4a renvoie à la méconnaissance des Juifs en 8,31-47 sur Dieu le Père. En effet, les Juifs sont incapables d’écouter la parole de Jésus (8,43), car ils prétendent avoir pour père Dieu (8,41b), mais en réalité ils ne le connaissent pas. En cherchant à tuer Jésus (8,37b.40a), les Juifs font les œuvres de leur père le diable (cf. 8,41a.44a) ; ils ne sont plus de Dieu (8,47b). Quant au monde hostile en 15,21 ; 16,3, il ne connaît pas le vrai Dieu puisqu’il pense rendre un culte à leur Dieu en faisant mourir les disciples de Jésus (16,2b). À cause de cette méconnaissance fondamentale, les Juifs et le monde hostile ne connaissent pas non plus Jésus. Pour le dire avec les mots de M.-é. Boismard et A. Lamouille, Synopse, t. III, p. 378 : « Étant mal disposés envers Dieu, il leur est impossible de bien recevoir son envoyé ». Ne pas connaître le Père précède donc ne pas connaître Jésus.

Cependant, avec la présence de celui que le Père a envoyé dans le monde, le processus de connaître le Père est de commencer par connaître Jésus. Ce dernier dévoile aux disciples en 14,7a : « Si vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père. » Il en est de même pour les Pharisiens, Jésus leur dit en 8,19b : « Vous ne connaissez ni moi ni mon Père ; si vous me connaissiez, vous connaîtriez aussi mon Père. » Dans le contexte de la controverse sur le statut du témoignage (8,17-18), les Pharisiens demandent à Jésus en 8,19a : « Où est ton Père ? » S’ils ne connaissent pas Jésus, ils ne connaissent pas non plus le Père. Ne pas connaître Jésus conduit à ne pas connaître le Père. Apprendre à connaître est un cheminement qui implique une capacité d’entendre la parole de Jésus. Il est indispensable de croire en Jésus pour le connaître et donc de connaître le Père. En tant qu’envoyé du Père, Jésus conduit ses disciples vers une véritable connaissance du Père (14,7a).

(4) Quant au lien entre le péché inexcusable (15,22.24a) et l’ignorance de la part du monde hostile (15,21b ; 16,3b), quel rapport y a-t-il entre eux ? Nous ne pouvons pas souscrire aux opinions d’Y. Simoens et d’H. Van Den Bussche. Pour Y. Simoens, Selon Jean, t. 3, p. 644 : « Le péché, dénoncé sans complaisance, est excusé pour ignorance. » Or, Jésus dénonce avec fermeté le péché du monde qui est sans excuse. Le péché n’est donc pas excusé pour faute d’ignorance. Dans une autre perspective, H. Van Den Bussche, Jean, p. 433, considère que la haine envers le Fils « est l’effet d’une méconnaissance du Père, laquelle ne bénéficie aux yeux de Jean d’aucune circonstance atténuante, car elle est l’essence même du péché. » L’expression « l’essence même du péché » est problématique. Si la méconnaissance était l’essence du péché, le monde hostile serait enfermé dans sa condition pécheresse. Le propos de H. Van Den Bussche laisse de côté l’idée que ce monde, qui a méconnu le Père, est tout de même invité à le croire et à le connaître (cf. 17,21.23). Ces deux opinions ne correspondent donc pas à la pédagogie de l’Évangile selon laquelle le péché du monde est inexcusable, en même temps une ouverture est laissée pour la conversion.

À notre avis, l’affirmation conjointe du péché inexcusable et de la méconnaissance, dans une situation concrète, demeure un paradoxe. Cependant, nous pouvons interpréter que le péché inexcusable du monde est de l’ordre de l’agir : refuser Jésus. Tandis que la méconnaissance est de l’ordre du savoir aveuglé, cet aveuglement conduit à la haine et à la persécution. L’ignorance n’excuse pas le péché, en même temps elle n’enferme pas non plus dans le péché. La méconnaissance du monde n’exclut pas la responsabilité personnelle face au message de Jésus. Cependant, cette ignorance n’est pas un jugement ou une accusation, mais une vérité profonde sur le monde que Jésus révèle aux disciples en vue de les encourager et les réconforter. Le fait de mettre ensemble « le péché inexcusable » et « la méconnaissance » accorde une ouverture (a) pour Jésus et le monde et (b) pour les disciples.

(a) L’ouverture pour Jésus et le monde d’abord, du fait de la méconnaissance du monde, une relation entre ce dernier et Jésus reste possible. Tant que les adversaires de Jésus ne sont pas sortis de leur erreur et de leur méconnaissance, Jésus continue à les enseigner et à les inviter à croire. En disant que le monde ne connaît ni le Père ni lui-même, Jésus affirme son autorité et sa souveraineté touchant à la révélation. La mission de Jésus est de faire connaître (cf. 15,15 ; 17,26) le Père et lui-même à tous, y compris le monde hostile. La révélation sur la méconnaissance du monde situe Jésus dans une position dominante. Ce dernier n’enferme pas le monde hostile dans son péché inexcusable, une vraie connaissance reste toujours possible pour ce monde (cf. 17,21.23).

(b) L’ouverture pour les disciples ensuite, il n’y a pas de rupture non plus entre les croyants et le monde hostile. Seuls Jésus et ceux qui croient en lui connaissent le Père (17,25). Si par ignorance, le monde hostile persécute Jésus et ses disciples, la haine des croyants en retour est exclue puisqu’ils connaissent le vrai Dieu. Les croyants répondent alors à la haine du monde par l’amour. La mission des disciples consiste à faire en sorte que le monde hostile puisse sortir de sa méconnaissance et parvenir à connaître Jésus et le Père.

En résumé, le parallèle en 15,21b et en 16,3b met en relief le thème de la méconnaissance. La négation des deux verbes « oida » (15,21b) et « ginôskô » (16,3) montre que la méconnaissance du monde est totale. Les adversaires de Jésus sont dans l’erreur sur leur père. Quatre points à retenir sur le lien entre le péché et le non-savoir : (1) Ce lien reste un paradoxe ; (2) l’ignorance du monde n’atténue pas son péché inexcusable, il doit assumer sa responsabilité ; (3) la méconnaissance est une explication de la haine du monde envers Jésus et ses disciples ; (4) ce thème présente une ouverture pour le monde (le connaître est toujours possible) et pour Jésus et ses disciples (leur mission est de faire connaître). La méconnaissance exprime donc la théologie de l’Évangile.

     5. « Ils m’ont haï sans raison » (15,25b)

Nous en venons à la dernière explication de la haine. Jésus dit aux disciples en 15,25 : « Mais c’est pour que s’accomplisse la parole écrite dans leur Loi : Ils m’ont haï sans raison. » Nous examinons trois points dans ce verset : (1) l’expression « leur Loi » ; (2) la citation de 15,25b dans les Psaumes ; (3) la locution « haïr sans raison ».

(1) La mention de « leur Loi » renvoie à la polémique entre la communauté johannique et le Judaïsme en ce qui concerne l’Écriture. R.E. Brown, La communauté du disciple, p. 44, a vu dans l’expression « leur Loi » une prise de distance par les chrétiens : « Ce Jésus qui dit les “Juifs” (13,33) et parle de ce qui est écrit dans “leur Loi” (15,25 ; 10,34 “votre Loi”) s’exprime à la façon du chrétien johannique pour qui la Loi n’est plus la sienne, mais la marque d’une autre religion. »
Jésus a utilisé l’expression « votre Loi » (8,17 ; 10,34) pour parler aux Juifs au cours des controverses. En s’exprimant ainsi, Jésus s’oppose à l’interprétation de l’écriture par ses adversaires. Ironiquement, « leur Loi » se retourne contre eux, puisque la citation (15,25b) explique la haine et accuse le monde. Les renvois à l’Écriture dans l’Évangile sont abondants. Par exemple, la citation du livre d’Isaïe en Jn 12,38-40 ; l’accomplissement de l’Écriture par la Passion de Jésus (19,24.28.36.37) ; la trahison de Judas annoncée par l’Écriture (13,18 ; 17,12). La vie et la mort de Jésus accomplissent alors l’écriture.

(2) La citation « Ils m’ont haï sans raison (emisèsan me dôrean) » (15,25b) renvoie au Ps 69(68),5a : « Plus nombreux que les cheveux de ma tête, ceux qui me haïssent sans cause (hoi misountes dôrean). » Selon le texte de la Septante de ce psaume, le verbe « miseô » (haïr) est au participe présent « misountes » tandis qu’en Jn 15,25b, ce verbe est à l’indicatif de l’aoriste « emisèsan ». Cette différence s’explique par l’influence du Ps 119(118),161a : « Des princes me persécutent sans raison (archontes katediôxan me dôrean) ». Dans ce verset le verbe « katadiôkô » (persécuter) est à l’indicatif de l’aoriste « katediôxan ». L’indicatif de l’aoriste du verbe « haïr » en Jn 15,25b renvoie à l’indicatif de l’aoriste du verbe « persécuter » en Ps 119(118),161a.

Cette allusion est renforcée par le sujet du verbe en Ps 119(118),161a : « archontes » (pluriel d’archôn) qui signifie les chefs, les princes, les autorités. L’Évangile utilise le terme « archôn », dans 7 occurrences, pour désigner « les notables » (3,1 ; 7,48 ; 12,42), « les autorités » (7,26), et « le Prince de ce monde » (12,31 ; 14,30 ; 16,11). Ainsi, le sujet (les princes) et le verbe (persécuter) en Ps 119(118),161a sont proches du contexte de Jn 15,18–16,4a. La citation en Jn 15,25b renvoyant aux deux Psaumes cités plus haut possède une valeur apologétique : elle explique la haine du monde laquelle vient accomplir l’Écriture. Les disciples ne devront donc pas être scandalisés (Jn 16,1) face à la haine et la persécution.

(3) Dans la locution « haïr sans raison (dôrean) », l’adverbe « dôrean » signifie « sans raison », « sans fondement », « gratuitement ». En 15,25b, « haïr sans raison » souligne à la fois l’innocence des persécutés et le péché des persécuteurs. À première vue, les adversaires de Jésus n’ont pas tort de s’opposer à lui. L’Évangile rapporte la raison de l’hostilité des autorités juives. En effet, Jésus est accusé en raison de ses déclarations sur son origine céleste (5,18 ; 6,38 ; 10,33b ; 19,7), sur son statut d’envoyé de Dieu (7,28-29) et sur sa relation intime avec son Père (8,58 ; 10,30.38b). Les accusations de ses adversaires ne sont pas infondées. En même temps, selon le style johannique les adversaires disent, à leur insu, la vérité sur Jésus. Ce dernier est accusé de blasphème (10,33a) et pourtant, Jésus est bien le Fils de Dieu au sens fort, il est descendu du ciel et l’envoyé du Père (6,38).

L’arrière-fond de la polémique entre Jésus et ses adversaires fait allusion au débat entre le Judaïsme et le Christianisme sur l’identité de Jésus. Le débat est d’ordre théologique. La profession de Thomas devant Jésus ressuscité en 20,28 : « Mon Seigneur et mon Dieu » est impensable pour le Judaïsme. Le conflit doit être compris sous l’angle plus théologique qu’éthique. En tous cas, cette haine est sans raison, puisque les opposants à Jésus ne connaissent pas Dieu. L’allusion aux Psaumes en 15,25b joue donc une double fonction. Pour le monde, la haine a été évoquée dans « leur Loi », une haine sans fondement dans le passé et qui se déchaîne contre Jésus et ses disciples. Cela explique son péché inexcusable. Pour les disciples, le Ps 69(68), qui parle du Juste souffrant, explique la haine qu’ils subissent comme une manifestation de leur fidélité à Jésus et à Dieu.

En résumé, trois raisons de la haine du monde concernent les disciples : (1) ces derniers n’appartiennent jamais au monde hostile, (2) ils sont choisis par Jésus et (3) sont identifiés avec leur maître. Une explication concerne le monde : (4) la méconnaissance totale du monde en même temps ce monde est invité à croire et à connaître. La dernière cause (5) est une citation des Psaumes qui accuse le monde hostile et place les disciples du côté des justes souffrants.

III. La manifestation de la haine et le péché du monde

Pour comprendre la situation des disciples, nous étudions les manifestations de la haine et le péché du monde hostile. D’après la structure de la péricope 15,18–16,4a, deux unités en parallèle (A. 15,18-20 // A’. 16,1-2) parlent de la haine et de la persécution. L’unité A est une explication ; l’unité A’ concrétise la haine et la persécution. Nous abordons deux points dans cette partie : (1) la mise à mort des croyants ; (2) le péché inexcusable du monde (15,22-25). Le thème de l’exclusion de la synagogue (16,2a) sera traité dans un autre article.

     1. La mise à mort des croyants (16,2b)

Jésus dit aux disciples en 16,2b : « Bien plus, l’heure vient où quiconque vous tuera pensera rendre un culte à Dieu. » Nous examinons cette manifestation de la haine en commençant par (1) le thème de l’heure, puis (2) un bref parcours historique sur la mort des croyants. Nous nous arrêterons ensuite sur (3) la prétention des persécuteurs de rendre un culte à Dieu, ce qui sera une difficulté majeure pour les disciples. Il s’agit du discernement entre le Dieu des persécuteurs et le Dieu des persécutés.

(1) Dans l’Évangile, le thème de l’heure (hôra), qui se retrouve dans la parole de Jésus en 16,2b : « Bien plus, l’heure vient (erchetai hôra)… » a plusieurs sens. Par exemple, l’heure chiffrée (1,39 ; 4,6…), l’heure indiquant un moment (16,21.25), l’heure du jugement (5,25.28), l’heure eschatologique (4,21.23), en particulier, l’heure de Jésus. La veille de sa passion, son heure est venue (12,23 ; 13,1). L’heure de sa passion est celle de sa glorification, de son élévation et de son retour auprès de son Père. L’heure de Jésus est annoncée en 2,4 ; 7,30 ; 8,20 ; 12,23.27a.27b ; 13,1 ; 16,25.32 ; 17,1.

En 16,2b, il s’agit de l’heure des disciples. Tandis qu’en 16,4a, c’est l’heure des persécuteurs : « Mais je vous ai dit cela, pour qu’une fois leur heure (hè hôra autôn) venue, vous vous rappeliez que je vous l’ai dit », dit Jésus aux disciples. M.-é. Boismard et A. Lamouille, Synopse, t. III, p. 373-374, proposent de supprimer le pronom « autôn » (leur) puisqu’il s’agirait d’une prolepse. Le texte serait : « lorsque viendra l’heure. » Nous gardons le pronom « autôn » (leur) attestée dans le manuscrit P66vid et retenu dans le texte de NTG-28th. Jésus a utilisé l’expression « l’heure vient » (4,21.23) dans le dialogue avec la Samaritaine. C’est l’heure du salut (5,25.28). Ainsi, la venue de l’heure en 16,2 est le moment où les disciples sont en communion avec l’heure de Jésus dans sa souffrance mais aussi dans son exaltation et sa glorification.

(2) Un bref parcours historique de la persécution au début du Christianisme nous aide à situer l’annonce de Jésus en 16,2b. Cette violence par motivation religieuse est attestée à l’époque. X. Léon-Dufour, Lecture de l’Évangile, t. III, p. 206, remarque : « Un texte rabbinique, commentant l’épisode de Pinhas, vengeur de Dieu dans le désert (Nb 25,6-13), dit : “Celui qui verse le sang d’un impie est semblable à celui qui offre un sacrifice” (Nu R 21,4). » Quant à Paul de Tarse, il a avoué avoir persécuté l’Église de Dieu en cherchant à la détruire en raison de son zèle débordant pour la tradition des Pères (cf. Ga 1,13-14). Selon, P. Grelot, Les Juifs, p. 94 : « L’expression “rendre un culte à Dieu” est le propre des Juifs qui croient en un Dieu unique. »

Après la rédaction de l’Évangile vers la fin du Ier siècle, il existe des traces de la haine des Juifs envers les chrétiens. Il est probable que l’intensité de ce conflit dépendait des régions et du temps. à Smyrne par exemple, le récit Le Martyre de Polycarpe, XIII, 1, écrit par des témoins peu après l’événement vers l’an 156, raconte que les Juifs préparaient le bûcher avec ardeur : « Les événements se précipitèrent ; en moins de temps qu’il n’en fait pour le dire, ce fut une ruée vers les ateliers et les bains où les gens ramassèrent bois et fagots. Les Juifs surtout s’acquittaient de la besogne avec leur zèle accoutumé. » (Cf. Les Pères apostoliques, trad. de Fr. Quéré, p. 243). Justin Martyr, Dialogue avec le juif Tryphon, 133,4, renvoie à Jn 15,18–16,4a : « Maintenant encore, en vérité, votre main est levée pour accomplir le mal : car même après avoir tué le Christ, vous ne vous repentez point pour autant, mais nous aussi, qui croyons par lui au Dieu et Père de l’univers, vous nous haïssez et nous mettez à mort, chaque fois que vous en avez le pouvoir ; et sans relâche, vous le maudissez, lui, et ses disciples, tandis que nous prions pour vous et tous les hommes absolument, ainsi que notre Christ et Seigneur nous a appris à le faire. » (Trad. du grec par P. Bobichon, Justin martyr, vol. I, p. 543-545).

Notons que ces dures paroles viennent des disciples de Jésus. Ces traces de la persécution juive ont un caractère apologétique et il ne faut pas la généraliser. En tous cas, l’annonce de 16,2b dans l’Évangile a sa place dans l’ensemble du Nouveau Testament et dans la vie de l’Église. Jésus annonce le martyr de Pierre en 21,18-19. L’acteur de la mise à mort des disciples en 16,2b est « pas » (quiconque). Ce pronom indéfini permet une actualisation permanente. La première victime de cette persécution est Jésus lui-même (15,20). La persécution par les « autorités juives » au cours de sa mission s’élargit donc à la persécution par le « monde » envers ses disciples.

On peut y voir une allusion aux difficultés des chrétiens dans l’empire romain. Pour F. Vouga, Le cadre historique, p. 104, le verset 16,2b renvoie à la situation de la communauté johannique en Asie Mineure et fait allusion à la persécution romaine : « On ne voit pourtant pas comment, dans la diaspora – en Asie Mineure – ceux-ci [les Juifs] auraient pu entreprendre réellement de telles actions contre quiconque : c’est donc à des persécutions romaines que Jn 16/2 fait allusion. » Cependant, il ne faut pas imaginer des persécutions généralisées, systématiques en ce début du IIè siècle. En fait, l’Évangile ne comporte pas de données permettant d’identifier le lieu et le temps de sa rédaction et ne présente pas explicitement la persécution païenne ou romaine. Cependant, l’utilisation du terme « monde » en 5,18–19 permet de renvoyer à la situation des Chrétiens dans l’empire romain.

(3) Devant la mise à mort des disciples (16,2), le paradoxe est radical. Qui a raison, les persécutés ou les persécuteurs, puisque les deux côtés revendiquent leur fidélité à Dieu ? Les épreuves des disciples ne viennent pas seulement de la souffrance physique (mise à mort) mais aussi de la foi en Dieu. La révélation de Jésus en 16,3 : « Et cela, ils le feront pour n’avoir reconnu ni le Père ni moi » reste une explication à l’usage interne de la communauté des disciples. Si les persécuteurs prétendent connaître Dieu, cette explication n’est pas valable pour eux. La question sur Dieu demeure. Comment reconnaît-on le vrai Dieu ?

La discussion entre Jésus et ses adversaires éclaire cette question difficile. Si Jésus doit mourir, c’est « parce qu’il s’est fait Fils de Dieu » (19,7b), disent les Juifs à Pilate. Selon eux, Jésus a donc blasphémé (10,33.36). Ainsi ses adversaires croyaient être fidèles à Dieu en le condamnant à mort. Et pourtant, Jésus a dévoilé comme fausse cette prétention dans la controverse avec les Juifs en 8,37-47. Dans ce passage, les appellations « Dieu » et « le Père » ne sont pas pertinentes, elles doivent être précisées. En effet, « Dieu, le père » des Juifs et « Dieu, le Père » de Jésus ne sont pas le même. En 8,38-41, Jésus évite cet amalgame en distinguant : « mon Père » et « votre père ». Ceux qui n’aiment pas Jésus ne l’écoutent pas. Ils ne sont pas de Dieu, ils ont le diable pour père comme Jésus le dit aux Juifs en 8,44a : « Vous êtes du diable, votre père, et ce sont les désirs de votre père que vous voulez accomplir. » Jésus ne critique pas le judaïsme en tant que tel puisque Moïse et l’Écriture témoignent de lui ; par ailleurs la vie et la mort de Jésus accomplissent l’Écriture. Les Juifs en 8,37-40 sont les enfants d’Abraham mais ils ne font pas les œuvres d’Abraham. Les adversaires de Jésus se montrent donc sous l’aspect d’un judaïsme infidèle au Dieu d’Abraham. Jésus accuse le monde hostile en 15,25 : « Mais c’est pour que s’accomplisse la parole écrite dans leur Loi : Ils m’ont haï sans raison ». Les persécuteurs en 16,2 se rangent donc du côté des autorités infidèles au Dieu d’Israël.

Les disciples de Jésus subissent le même sort que lui car ils sont fidèles à Dieu. L’ironie en 16,2-3 est double. En un sens, les persécuteurs pensent qu’ils servent Dieu (16,2b) mais ils ne le connaissent pas (16,3). En un autre sens, ils prétendent servir Dieu en faisant mourir des disciples de Jésus, mais en réalité ce sont les persécutés qui glorifient Dieu (cf. 21,16) comme Jésus lui-même glorifie le Père dans sa mort décidée par les autorités juives (cf. 11,53 ; 17,1b ; 19,7). L’accusation de Jésus au sujet du péché inexcusable (15,22b) discrédite la prétention des persécuteurs à servir Dieu.

     2. Le péché inexcusable du monde hostile (15,22-25)

La haine et la persécution résultent d’un choix devant le message de Jésus. Les controverses dans l’Évangile constituent deux groupes principaux : ceux qui croient en Jésus et ceux qui le refusent. Nous étudions d’abord (1) le péché du monde grâce au parallèle entre 15,22-23 et 15,24-25 (cf. le tableau plus haut) et au contexte de l’Évangile ; et ensuite, nous examinons (2) le lien entre la liberté, la responsabilité et l’ouverture pour le monde.

(1) Le péché consiste à ne pas reconnaître Jésus, ni sa venue, ni son enseignement, ni ses œuvres (15,22a.24a). Les deux propositions conditionnelles irréelles avec « si » en 15,22a : « Si (ei) je n’étais pas venu (èlthon) et ne leur avais pas parlé (elalèsa)… », et en 15,24a : « Si (ei) je n’avais pas fait (epoièsa) au milieu d’eux ces œuvres (ta erga) que nul autre ne fit (epoièsen)… » ont les mêmes propositions principales : « Ils n’auraient pas (ouk eichosan) de péché (hamartian) » (15,22b.24b). Le refus du monde hostile devant sa venue, sa parole et ses œuvres est un péché inexcusable. Ces versets résument bien la mission de Jésus et le choix du monde.

L’unité 15,22-25 définit le sens de péché. Il s’agit de refuser de reconnaître l’identité divine de Jésus. En effet, après la péricope 15,18–16,4a, Jésus parle du péché du monde qui consiste à ne pas le croire, en 16,9 : « De péché, parce qu’ils [le monde] ne croient pas en moi… » L’Évangile ne rapporte pas le péché des croyants comme dans la première épître (cf. 1 Jn 2,1) ; la théologie de l’Évangile souligne le péché de ne pas croire en Jésus. P. Grelot, Jésus de Nazareth, p. 250, remarque : « Le “péché” reproché au monde n’est pas n’importe lequel : c’est le péché par excellence que constitue la volonté de ne pas croire en Jésus Christ. » Jésus avertit les Juifs de ce péché qui conduit à la mort en 8,24 : « Je vous ai donc dit que vous mourrez dans vos péchés. Car si vous ne croyez pas que Moi, Je Suis, vous mourrez dans vos péchés. » (Cf. l’article : « “Moi, Je Suis” (egô eimi) dans l’Évangile de Jean. »)

Dans la péricope 15,18–16,4a, le péché du monde hostile ne consiste non pas seulement dans le refus d’écouter et de voir les signes mais c’est surtout la haine envers Jésus, le Père et ses disciples. Selon N. Lazure, Les valeurs morales, p. 302-304, la notion de péché dans l’Évangile se résume en quatre points : (a) transgression de la volonté divine ; (b) refus malicieux de la lumière ; (c) suffisance spirituelle ; (d) puissance satanique. En réalité c’est l’appartenance aux ténèbres (3,19), au prince de ce monde (14,30b), au diable (8,44a) qui est le péché par excellence. Cette appartenance conduit au meurtre comme Jésus le dit aux Juifs en 8,44c : « Il [le diable] était homicide dès le commencement et n’était pas établi dans la vérité, parce qu’il n’y a pas de vérité en lui. »

(2) Dans l’Évangile, le refus de croire en Jésus met en relief la liberté de l’homme. Les hommes peuvent refuser la révélation de Jésus. Ainsi, ceux qui ne croient pas doivent assumer leur responsabilité. Comme nous l’avons remarqué, la méconnaissance n’excuse pas le péché, puisque cette méconnaissance est le résultat d’un choix, d’une décision, d’un agir (cf. 8,38-47). Cependant, le péché inexcusable du monde ne reste pas définitif. Le monde hostile est trompé, égaré et manipulé par le prince de ce monde. Les gens qui ont de la haine envers Jésus et ses disciples sont les victimes de la manipulation du diable. Une vraie connaissance reste ouverte pour le monde hostile. Jésus ne désespère pas pour ces adversaires. Tout au long de l’Évangile, il les invite à devenir ses vrais disciples (8,31b) et à garder ses paroles (8,51). Quant aux disciples, leur unité est un signe pour que le monde puisse croire (17,21) et connaître Jésus (17,23).

En résumé, nous avons présenté la manifestation de la haine du monde en 16,2b : faire mourir les disciples de Jésus. De ce fait, le monde doit assumer sa responsabilité ; son péché est inexcusable.

IV. Les disciples face à la haine du monde

La péricope 15,18–16,4a décrit la haine et la persécution du monde mais ce dernier est absent. Le discours de Jésus ne s’adresse pas au monde mais à ses disciples. Face à la haine du monde, ces derniers sont invités à témoigner en faveur de Jésus (15,27) et à ne pas être scandalisés (16,1). Nous examinons d’abord (1) le témoignage du Paraclet et celui des disciples en 15,26-27 ; et ensuite (2) le verbe « skandalizô » (scandaliser) en 16,1.

     1. Le témoignage des disciples (15,27)

La promesse de la venue du Paraclet et son témoignage en faveur de Jésus (15,26) sont suivis par le témoignage des disciples (15,27). Les activités du Paraclet sont présentées dans cinq unités littéraires (14,15-17 ; 14,25-26 ; 15,26-27 ; 16,7-11 ; 16,12-15). La troisième unité en 15,26-27 n’est pas une interpolation, elle a sa place dans l’ensemble de la structure de 15,18–16,4a (cf. la structure plus haut). I. de La Potterie, La vérité, t. I, p. 379, montre la cohérence de 15,26-27 dans son contexte : « C’est en raison de cette haine que le Paraclet doit “témoigner” et c’est parce que le monde s’est opposé à Jésus (vv. 18.20.23.25) que l’Esprit rendra témoignage de lui (v. 26). » Ainsi, « témoigner » est la réponse des disciples devant la haine. Ce thème est traité en deux points : (1) le verbe « martureô » (témoigner) au futur de l’indicatif (marturèsei) en 15,26 et au présent de l’indicatif (martureite) en 15,27 ; (2) le lien entre le témoignage du Paraclet et celui des disciples.

(1) Le thème du témoignage a une place importante dans le quatrième l’Évangile. Cf. article : « “Le témoignage” (marturia) et “témoigner” (martureô) dans l’Évangile de Jean. » Le narrateur rapporte le témoignage de Jean le Baptiste (1,7.15.19.32.34 ; 3,25 ; 5,33), du disciple que Jésus aimait (19,35), du rédacteur (21,24), du Père (5,32.37 ; 8,18), de Jésus (3,11.23 ; 4,44 ; 7,7 ; 8,13.18 ; 13,21 ; 18,37), de ses œuvres (5,36 ; 10,25 ; 12,17) et de l’Écriture (5,39).

En 15,26-27, le témoignage du Paraclet et celui des disciples vont ensemble. Dans le contexte de haine et de persécution, la venue du Paraclet et son témoignage sont liés à la situation de crise des disciples. Cependant, le témoignage du Paraclet et celui des disciples sont mis en décalage par la différence des temps du verbe « témoigner ». Pour le témoignage du Paraclet, le verbe « martureô » est au futur « marturèsei » en 15,26c : « Il [le Paraclet] me rendra témoignage (ekeinos marturèsei peri emou) », dit Jésus. Tandis que pour les disciples, ce verbe est au présent « martureite » en 15,27a : « Mais vous aussi, vous témoignez (kai humeis de martureite) », dit Jésus aux disciples. Dans la version de la BiJér, 2000, le verbe témoigner en 15,27a est au futur : « vous témoignerez », pourquoi ?

Les manuscrits grecs (NTG-28th, GNT-4th) ne comportent aucune variante au futur du verbe « martureô » en 15,27a. Pour la plupart des auteurs, ce verbe en 15,27a est au présent « martureite », par exemple, A. Loisy, Le quatrième Évangile, p. 769 ; M.-J. Lagrange, Évangile selon Saint Jean, p. 413 ; Osty, 1973 ; I. de La Potterie, La vérité, t. I, p. 392 ; Y. Simoens, Selon Jean, 1, p. 80. Cependant, certains auteurs traduisent le verbe en 15,27a au futur : « vous témoignerez ». Par exemple, H. Van Den Bussche, Jean, p. 429 ; M.-é. Boismard ; A. Lamouille, Synopse, t. III, p. 374 ; C. L’Éplattenier, L’évangile de Jean, p. 312 ; TOB, 1998. Cette traduction renvoie à la Vulgate (version latine) dans laquelle le verbe « témoigner » est au futur. Pour nous, en respectant les manuscrits grecs, le verbe en 15,27a est au présent « martureite ».

Comment peut-on expliquer le changement de temps du verbe « martureô » : le Paraclet témoignera (futur), les disciples témoignent (présent) en 15,26c-27a ? I. de La Potterie, La vérité, t. I, p. 392, l’interprète ainsi : « Nous sommes donc invités à voir dans le marturèsei du Paraclet un témoignage distinct du martureite des disciples et antérieur à lui, c’est-à-dire un témoignage intérieur, qui pourra aussi, le cas échéant, inspirer leur témoignage public devant le monde. » L’auteur n’explique pas la raison de la différence entre le futur et le présent du verbe « martureô ». En fait, le futur du verbe « témoigner » en 15,26c s’accorde avec le futur du verbe « envoyer » en 15,26a : « Lorsque viendra le Paraclet, que je vous enverrai (pempsô) d’auprès du Père », dit Jésus aux disciples. Le témoignage du Paraclet est au futur puisque Jésus est encore là. La venue du Paraclet aura lieu après le départ de Jésus comme celui-ci le dit aux disciples en 16,7 : « Cependant je vous dis la vérité : c’est votre intérêt que je parte ; car si je ne pars pas, le Paraclet ne viendra pas vers vous ; mais si je pars, je vous l’enverrai. » Quand Jésus est encore avec les disciples, il enseigne, exhorte et protège les siens. Cependant, l’Esprit n’est pas absent puisqu’il demeure sur Jésus (1,33).

Quant au témoignage des disciples en 15,27a, le présent du verbe « témoigner » renvoie au présent du verbe « être » (eimi) en 15,27b : « parce que vous êtes (este) avec moi depuis le commencement », dit Jésus. Quel lien y-a-t-il entre « depuis le commencement » et « vous êtes avec moi » ? Si le commencement renvoyait à un moment passé où les disciples ont suivi Jésus (1,36-51), le verbe « être » serait au passé. De ce fait, le présent du verbe en 15,27b doit être interprété au sens théologique. Les verbes en 15,27 sont au présent parce que « témoigner » et « être avec Jésus » sont des actions toujours présentes pour le disciple, ces deux actions caractérisent sa vie.

(2) Le témoignage du Paraclet est à la fois indépendant et dépendant de celui des disciples. Celui du Paraclet est indépendant dans la mesure où il rend témoignage devant les disciples au sujet de Jésus. Selon I. de La Potterie, La vérité, t. I, p. 395 : « Le témoignage du Paraclet dont parle la troisième promesse est essentiellement un témoignage intérieur : son rôle sera d’éclairer la conscience des disciples, de les affermir dans leur foi. À l’heure où ils connaîtront la tentation du doute, du scandale, le Paraclet agira secrètement en eux, il témoignera devant leurs consciences en faveur de Jésus. » L’auteur ne parle pas du rôle du Paraclet par rapport au témoignage des disciples à l’extérieur, c’est-à-dire leur témoignage devant le monde avec l’aide du Paraclet.

Pour nous, d’une part, le témoignage du Paraclet est indépendant de celui des disciples puisqu’il témoigne en faveur de Jésus devant ces disciples. En effet, le Paraclet exerce sa fonction seulement auprès des disciples, parce que le monde ne connaît ni ne voit le Paraclet (14,17). D’autre part, le témoignage du Paraclet dépend de celui des disciples dans la mesure où il rend témoignage en faveur de Jésus à travers eux. Les disciples rendent témoignage donc devant le monde sous l’inspiration du Paraclet, l’Esprit de vérité. Dans la narration, le témoignage du Paraclet (15,26c) précède le témoignage des disciples (15,27a). De ce fait, le témoignage extérieur que rendent les disciples devant le monde doit être compris comme une manifestation de l’activité du Paraclet, c’est-à-dire les disciples ne peuvent témoigner qu’avec l’aide du Paraclet.

     2. « Ne soyez pas scandalisés » (16,1b)

Le verset 15,27 est suivi par l’exhortation de ne pas être scandalisés (16,1). La BiJér, 2000, traduit la parole de Jésus adressée aux disciples en 16,1 : « Je vous ai dit cela pour vous éviter le scandale », littéralement : « Je vous ai dit cela pour que vous ne soyez pas scandalisés (hina mè skandalisthète). » Ce thème est abordé en trois points : (1) le sens courant du verbe « scandaliser » ; (2) l’utilisation de ce verbe dans l’Évangile ; (3) le double risque d’être scandalisé : face au monde hostile et face à Dieu.

(1) Selon le dictionnaire Le Petit Robert, 2012, le verbe « scandaliser » au sens religieux signifie « être un sujet de scandale pour (qqn), inciter au péché ; et au sens courant : « Atteindre, toucher par le scandale ; apparaître comme un scandale à. » L’usage du terme « scandale » de nos jours a souvent un sens moral et péjoratif. Voici les sens de ce terme dans Dictionnaire Hachette Encyclopédique 2000 : (1) Occasion de tomber dans le péché, donnée par de mauvais exemples, des discours corrupteurs. (2) Effet que suscite un acte, un événement qui choque les habitudes, la morale. (3) Événement, fait révoltant. (4) Affaire malhonnête qui arrive à la connaissance du public. (5) Bruit, désordre. Certains auteurs traduisent le verbe « skandalizô » en 16,1 par un autre verbe équivalent : « ne pas succomber à l’épreuve » (TOB, 2011) ; « ne pas trébucher » (X. Léon-Dufour, Lecture de l’Évangile, t. III, p. 202) ; « ne pas être choqué » (Jeanne d’Arc, Évangile selon Jean, p. 106).

(2) Le verbe « skandalizô » apparaît en deux occurrences dans l’Évangile (6,61 ; 16,1). Le narrateur rapporte la réaction des disciples après le discours sur le pain de vie en 6,60-61 : « 60 Après l’avoir entendu, beaucoup de ses disciples dirent : “Elle est dure, cette parole ! Qui peut l’écouter ?” 61 Mais, sachant en lui-même que ses disciples murmuraient à ce propos, Jésus leur dit : “Cela vous scandalise (skandalizei) ?” » À cause de la révélation de Jésus, beaucoup de disciples sont scandalisés, ils cessent de faire route avec Jésus (6,66). Il s’agit d’une crise à l’intérieur du groupe des disciples en raison de la parole de Jésus.

En 16,1, le verbe « skandalizô » est employé dans le contexte de crise qui vient du dehors : la haine et la persécution du monde hostile. Ce verbe se présente comme le centre de la péricope 15,18–16,4a. Dans l’expression en 16,1a : « Je vous ai dit cela (tauta), le terme « tauta » (cela) renvoie, à la fois à ce qui précède (15,18-27) et à ce qui suit (16,2). Les épreuves annoncées en 15,18-20 se concrétisent en 16,1-2. « Ne pas être scandalisé » (16,1b) devient l’objectif de la révélation de Jésus dans la péricope 15,18–16,4a.

Ainsi, deux occurrences du verbe « skandalizô » (6,61 ; 16,1) employé par Jésus n’ont pas le sens moral, mais elles décrivent un obstacle pour la foi. L’obstacle lui-même peut venir de Jésus (6,61) ou de ses adversaires (16,1). Ce qui provoque le scandale peut être la vérité (la révélation de Jésus en 6,25-58) ou le péché (la haine et la persécution du monde en 15,22-24 ; 16,9).

(3) En situation de crise, la cause du scandale peut se comprendre en deux sens. En un sens, la haine et la persécution du monde hostile peuvent conduire à l’abandon de la foi par peur de perdre un statut (être exclu de la synagogue) et de perdre la vie (être tué). En un autre sens, si les disciples sont haïs et persécutés par le monde à cause du Nom de Jésus, le scandale a sa racine en Jésus lui-même. La foi en Dieu est remise en question puisque les persécuteurs pensent rendre un culte à Dieu en faisant mourir les disciples de Jésus (16,2). La difficulté est d’ordre théologique.

Le scandale fait cesser le témoignage et fait naître un doute. J. Calloud et F. Genuyt, Le discours d’adieu, p. 74, montre la double persécution (physique et morale) en faisant le lien entre témoignage – scandale – persécution : « En le persécutant à mort, l’adversaire croit rendre un culte à Dieu. Il en appelle donc au même Destinateur, à la même loi, aux mêmes critères. Partisans et adversaires de Jésus semblent servir le même Dieu. C’est la contradiction. Le scandale est donc équivalent à une perte de sens. On voit donc que le terme scandale résulte de la combinaison d’une menace d’ordre physique et d’une contradiction d’ordre intellectuel, et sous ces deux aspects, il risque d’annihiler la volonté de témoignage. » Dans cette perspective, l’expression « ne pas être scandalisé » veut dire ne pas succomber devant l’épreuve et ne pas remettre en question la foi en Jésus et en Dieu. Ainsi, « skandalizô » est le verbe clé de la péricope 15,18–16,4a lequel insiste plus sur l’aspect christologique qu’éthique. Jésus prévient ses disciples des épreuves et leur donne des encouragements pour que leur foi ne soit pas ébranlée.

Conclusion

Les disciples sont les auditeurs de la révélation de Jésus dans la péricope 15,18–16,4a. Il s’agit d’une révélation interne à la communauté croyante. Nous avons analysé cinq raisons de la haine et la persécution. (1) La première tient au fait que les disciples ne sont pas du monde. En tenant compte des divers sens du terme « kosmos » (monde) et de l’expression « ek tou kosmou » (du monde), nous concluons que les disciples ne sont jamais du monde hostile (15,19b), et que Jésus les a choisis du milieu du monde-humanité (15,19c). (2) La deuxième raison est le choix par Jésus. Ce choix conduit à la haine du monde, en même temps manifeste l’autorité de Jésus et son pouvoir de protéger les siens. (3) La troisième se trouve dans le thème de l’identification : « Jésus – ses disciples » et « Jésus – son Père ». Le monde persécute Jésus à travers ses disciples puisqu’il identifie Jésus aux siens. Ainsi les disciples ne sont jamais seuls pour faire face à la haine. Jésus et son Père, le vrai Dieu sont avec eux. (4) La quatrième explication est la méconnaissance totale du monde hostile exprimée par la négation de deux verbes « oida » et « ginôskô » (savoir, connaître, reconnaître). Cette ignorance montre que le Dieu auquel les persécuteurs rendent un culte (16,2) n’est pas le vrai Dieu. (5) La cinquième explication est une citation : « Ils me haïrent gratuitement » (Jn 15,25b) renvoyant aux Psaumes (Ps 69(68),5 ; 119(118),161a). Cette référence à l’Écriture joue un double rôle : pour le monde, la haine est ainsi dénoncée et prouvée ; pour les disciples, la haine qu’ils ont subie est un signe de leur fidélité à Dieu.

Nous avons traité ensuite la manifestation de la haine du monde (meurtre des croyants) et son péché inexcusable. Une difficulté redoutable pour les disciples est la prétention des persécuteurs à servir Dieu (16,2). Elle entraîne une crise de la foi en Dieu chez les disciples. Pour faire face à cette grave situation de crise, Jésus donne à ses disciples des explications qui visent à discréditer la prétention des persécuteurs. S’ils sont des pécheurs sans excuses et s’ils ne connaissent ni le Père ni Jésus, comment peuvent-ils prétendre servir Dieu ? En réalité ils haïssent le Père, Jésus et ses disciples. Les disciples retrouvent donc la confiance en Dieu au moment où la fidélité à Jésus peut leur coûter la vie en ce monde.

Enfin, nous avons étudié la situation des disciples face à la haine et à la persécution du monde. Le rôle du témoignage en 15,26-27 est double. En un sens, le Paraclet témoigne devant les disciples pour les affermir dans la foi. En un autre sens, les disciples témoignent devant le monde, sous l’inspiration du Paraclet, l’Esprit de vérité. Le verbe « skandalizô » (scandaliser) en 16,1 contribue à une élaboration théologique. Face à la haine du monde, les disciples sont invités à témoigner (15,27) et à ne pas être scandalisés (16,1), c’est-à-dire à tenir ferme la foi en Jésus et en Dieu.

Le ton de l’ensemble de la péricope 15,18–16,4a n’est pas pessimiste. Le discours de Jésus implique une ouverture pour lui, pour les disciples et pour le monde. Jésus n’enferme pas le monde dans son péché inexcusable. Puisque le monde ne connaît pas le Père et Jésus, la mission de ce dernier et de ses disciples est de faire connaître l’identité de Jésus. Du côté des disciples, ils ne peuvent pas haïr le monde car eux-mêmes connaissent Dieu. Du côté du monde hostile, son péché inexcusable n’est pas définitif. Une vraie connaissance reste ouverte pour lui. En particulier, le discours de Jésus en 15,18–16,4a est adressé au lecteur qui peut l’actualiser dans sa situation concrète. Les thèmes : l’identification, la sélection, la venue du Paraclet, le témoignage, sont des grandes exhortations pour le lecteur dans un contexte de crise.

Le monde hait Jésus et ses disciples (15,18), mais il « aimerait (ephilei) son bien » (15,19a). En 3,19, Jésus dévoile l’amour des hommes pour les ténèbres : « Et tel est le jugement : la lumière est venue dans le monde et les hommes ont mieux aimé (ègapèsan) les ténèbres que la lumière, car leurs œuvres étaient mauvaises. » Il existe donc un amour exprimé par les deux verbes « phileô » (15,19a) et « agapaô » (3,19c) qui conduit à la perte. Cet amour est le sujet du prochain article./.


     Bibliographie
BOBICHON, P., Justin martyr, dialogue avec Tryphon, vol. I, (Paradosis 47/1), (Édition critique), Fribourg, 2003.
BOISMARD, M.-É. ; LAMOUILLE, A., Synopse des quatre Évangiles en français, l’Évangile de Jean, t. III, Paris, Le Cerf, 1977.
BROWN, R.E., La communauté du disciple bien-aimé, (LeDiv 115), Paris, le Cerf, 1994. (Orig. The Community of the Beloved Disciple, New York, 1979).
BROWN, R.E., The Gospel According to John, I–XII, vol. I, (AB 29), New York (NY), Doubleday 1966.
CALLOUD, J. ; GENUYT, Fr., Le discours d’adieu Jean 13–17, analyse sémiotique, Lyon, Centre Thomas More – CADIR, 1985.
DODD, C.H., L’interprétation du quatrième Évangile, (LeDiv 82), Paris, Le Cerf, (1953), 1975, 599 p., (orig. The Interpretation of the Fourth Gospel, 1953).
GNT-4th = ALAND, B.; ALAND, K. (et al.), (eds), The Greek New Testament, (GNT), (Fourth Revised Edition), Stuttgart, Deutsche Bibelgesellschaft, 2001.
GRELOT, P., Jésus de Nazareth, Christ et Seigneur, une lecture de l’Évangile, t. II, (LeDiv 170) Paris–Montréal, Le Cerf–Novalis, 1998.
GRELOT, P., Les juifs dans l’Évangile de Jean. Enquête historique et réflexion théologique, (CRB 34), Paris, J. Gabalda et Cie Éditeurs, 1995.
JEANNE D’ARC, Évangile selon Jean, Présentation du texte grec, traduction et notes (Les évangiles), Paris, Les Belles Lettres - DDB, 1990.
JERUMANIS, P.-M., Réaliser la communion avec Dieu : croire, vivre et demeurer dans l’évangile selon S. Jean, (EtB.NS 32), Paris, Gabalda, 1996.
JUSTIN MARTYR, Œuvres complètes, (Bibliothèque), traduction par Georges Archambault, (et al.), Paris, Migne, 1994.
L’ÉPLATTENIER, C., L’évangile de Jean, Genève, Labor et Fides, 1993.
LA POTTERIE I. de, La vérité dans saint Jean, t. I : Le Christ et la vérité. L’Esprit et la vérité, (AnBib 73) ; t. II : Le croyant et la vérité, (AnBib 74), Rome, Biblical Institute Press, 1977.
LA POTTERIE, I. de, « Oida et ginôskô, les deux modes de connaissance dans le quatrième évangile », Bib. 40 (1959) 709-725.
LAGRANGE, M.-J., Évangile selon saint Jean, (EtB), Paris, (1925), 81947.
LAZURE, N., Les valeurs morales de la théologie johannique, (Évangile et Épîtres), Paris, Librairie Lecoffre – Gabalda, 1965.
LÉON-DUFOUR, X., Lecture de l’Évangile selon Jean, t. III : Les adieux du Seigneur, ch. 13–17, (Parole de Dieu), Paris, Le Seuil, 1993.
Les Pères apostoliques, Écrits de la primitive Église, Traduction et introduction de François QUÉRÉ, (Sagesses 22), Paris, Éditions du Seuil, 1980.
LOISY, A., Le Quatrième Évangile, Paris, Alphonse Picard et Fils, 1903.
NTG-28th, = Nestle-ALAND, Novum Testamentum Graece, (28th Revised Edition), Stuttgart, Deutsche Bibelgesellschaft, 2012.
OSTY, 1973 = OSTY, E. ; TRINQUET, J., La Bible, Paris, Le Seuil, 1973.
SIMOENS, Y., Selon Jean 1 : Une traduction ; Selon Jean 2 : Une interprétation ; Selon Jean 3 : Une interprétation, (IET 17), Bruxelles, IET, 1997, 1013 p.
VAN DEN BUSSCHE, H., Jean, Commentaire de l’Évangile spirituel, (Bible et Vie chrétienne), Bruges, DDB, 1967.
VOUGA, Fr., Le cadre historique et l’intention théologique de Jean, (Beauchesne Religion), Paris, Beauchesne, 1977.


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire